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Konngol Afirik

Une voix africaine dans le Net mondial

Les archers peuls de Centrafrique

Déjà traduit en : Français, Fulfulde
26 10 2009
Catégories :
centrafrique, peuls
Les archers peuls de Centrafrique
Archers en mission (photo de Teddy Seguin)

Dans le nord du Centrafrique, depuis plus de 15 ans, des coupeurs de route appelés Zaraguinas terrorisent les populations locales. Les éleveurs peuls qui vivent en Centrafrique depuis près d’un siècle sont l’une des cibles privilégiées des coupeurs de route. Considérés souvent comme plus riches car possédant des troupeaux de bovins, les Zaraguinas les attaquent pour leur voler leur bétail ou enlever leurs enfants. Les rançons demandées peuvent aller jusqu’à plusieurs millions de francs cfa (1 million de cfa valent 1500 €). Les Peuls doivent alors vendre leurs bêtes pour réunir l’argent nécessaire. Ils perdent ainsi leur seul moyen de subsistance.

Devant l’incapacité des FACA (forces armées centrafricaines ) à intervenir en brousse contre les Zaraguinas, les éleveurs ont dû rapidement s’organiser pour se défendre par eux-mêmes. Les maires de communes d’élevage ont créé des groupes d’autodéfenses armés d’arcs et de flèches empoisonnées pour protéger les troupeaux et intervenir à la place des autorités contre les coupeurs de route dans les cas d’enlèvement. A présent, chaque commune d’élevage possède des compagnies d’archers qui assurent la sécurité des zones de pâturage. Les archers possèdent tous un « blindage » constitué d’amulettes qui les protège contre les balles des armes automatiques utilisées par les Zaraguinas. Forts de cette « protection », leur détermination et leur intrépidité mettent souvent en déroute ces bandits de grand chemin.

Le phénomène des coupeurs de route existe depuis les années 90 en RCA. Il s’est intensifié ces derniers temps avec l’instabilité politique du pays et le manque de contrôle des autorités sur toute une partie de son territoire. Les Zaraguinas font souvent partie de groupes rebelles venus du Tchad mais on retrouve parmi eux également des ex-libérateurs qui avaient aidé le président actuel François Bozizé lors de son coup d’Etat du 15 mars 2003. Devant la mauvaise foi du nouveau chef de l’état à tenir ses promesses, ils ont décidé de se servir par eux-mêmes en sombrant dans le grand banditisme. Les archers ne sont toujours pas reconnus par l’Etat Centrafricain, ils n’ont aucun statut ni aucune protection sociale. Seule la générosité des autres éleveurs et des maires de communes d’élevage leur permet de financer les missions de sécurisation.

Afin de maintenir la sécurité des zones de pâturage, les compagnies d'archers sont contraintes d'effectuer régulièrement des missions en brousse. Il ne faut surtout pas laisser le terrain libre pour les coupeurs de route.

Youssoufa Bi Djado, le chef de la compagnie d'archers de Bokolbo se prépare pour une mission de sécurisation de quelques jours. Lors de ces sorties comme lors des combats, lui et ses hommes ne touchent aucune indemnité. Les frais de mission sont difficilement pris en charge par les maires de communes d'élevages.

Malgré son jeune âge, il a de nombreux combat à son actif.

Les maires de communes d'élevages représentent la plus haute autorité Peul dans chaque région de RCA. C'est à eux que l'on doit la création des compagnies d'archers ainsi que leur entretien financier. Absolument pas soutenus par les autorités, les archers dépendent des maires pour le peu de moyens dont ils disposent.

Les bergers passent une grande partie de l'année en brousse pour faire pâturer leurs bêtes. Isolés des villages, ce sont des proies faciles pour les Zaraguinas. La présence des compagnies d'archers dans la région est pour eux un réel réconfort.

Les bergers passent une grande partie de l'année en brousse pour faire pâturer leurs bêtes. Isolés des villages, ce sont des proies faciles pour les Zaraguinas. La présence des compagnies d'archers dans la région est pour eux un réel réconfort.

Chaque famille Peul a eu à subir la violence des Zaraguinas dans leurs biens et dans leur chair. La famille de Ardo Abdou a payé un lourd tribut à cette lutte, son frère Daouda, l'ancien chef des archers de Ndassima, est mort en 2004 lors d'un combat pour la libéralisation de 9 enfants retenus en otage.

Les archers sont tous musulmans et accordent une grande importance à l'aide que Allah peut leur apporter dans ce combat.

Des coupeurs de route ont été signalés à la frontière de la Ouaka, à quelques jours de marche de leur base ; Daïrou et sa compagnie d'archers partent pour une mission d'une semaine ne laissant que 2000 francs cfa (3€) à leur famille pendant leur absence.

Pendant leur mission, les archers bivouaquent généralement dans les campements des bergers.

Même pour le matériel de combat comme les arcs et les flèches, les peuls doivent mettre la main à la poche et se débrouiller pour renouveler leurs armes.

Pendant leur mission, les archers bivouaquent généralement dans les campements des bergers. Pour fêter leur venu et nourrir la petite troupe, le propriétaire du troupeau a abattu un bœuf que les archers vont faire fumer en prévision des jours à venir.

Avant chaque départ en mission, les archers se regroupent pour une prière collective.

Lors d'un combat en 2004, les archers avaient rapporté la tête d'un zaraguina afin de prouver leur efficacité aux autorités locales qui peinent encore à les reconnaître officiellement.

A Ndassima, la société Aurafrique a décidé de faire appel aux archers pour la défense de leurs sites de prospection et la surveillance de leurs machines.

Face aux armes automatiques de leurs adversaires, les archers ne peuvent compter que sur leur adresse pour mettre en déroute des zaraguinas de plus en plus équipés.

La force des archers réside principalement dans l'utilisation de flèches empoisonnées. Celles-ci sont trempées dans un mélange à base de venin de serpent qui bloque la circulation sanguine au bout de quelques minutes ne laissant que peu de chance de survie aux zaraguinas blessés.

Les archers ne sont toujours pas reconnus par l'Etat Centrafricain, mais pour faciliter leur déplacement et leur relation avec les autorités militaires, le préfet de la Ouaka qui les soutient de plus en plus a créé il y a quelques années une carte officielle d'archers anti-zaraguinas.

Par Teddy Seguin

Source : http://www.teddyseguin.com/dotclear/index.php?2008/03/11/17-les-archers-peuls-de-centrafrique

Plaidoyer pour une nation en faillite (une analyse de Ourouro Bah)

Déjà traduit en : Français
22 10 2009
Pays :
GUINEA

Les récentes résolutions de la CEDEAO sur la Guinée viennent s’inscrire dans la panoplie des traditions de sanctions difficiles à mettre en œuvre. Leur lecture laisse tout guinéen quelque peu dubitatif avec un sentiment d’insatisfaction ; les réactions de gouvernements criminels comme la Lybie qui voient d’un mauvais œil l’immixtion de l’étranger rendront presque impossible l’application des sanctions. Sans minimiser le fait tout aussi vrai que tout guinéen restera à jamais redevable à l’opinion internationale des outrages exprimés et du soutien moral, il ne faut pas surestimer l’impact des actions à partir de l’étranger.

L’insatisfaction que procure les déclarations de sanctions et des commissions d’enquêtes, vient plus des prémisses sur lesquelles elles sont fondées que de leur caractère nécessairement limité. Ces prémisses sont, en l’occurrence, une erreur d’appréciation fondamentale de la spécificité de la société guinéenne et de son histoire.

En premier, la diplomatie assume qu’en Guinée il y a un état. En réalité il n’y en a pas. Du PDG avec son concept creux et fascisant de Parti-État, en passant par le CMRN avec sa kleptomanie et son affairisme invétéré jusqu’aux délires du petit capitaine, il n’y a pas eu d’état dans ce pays. Dans le sens où l’on entend par état la structure administrative qui fonctionne pour policer la nation, il n’y en pas eu. Partant, tous les titres pompeux qu’on donne aux fonctionnaires guinéens sont une imposture masquant l’incurie sous le voile de la mauvaise conscience. Ce qui s’est fait de bon dans le pays en 51 ans l’a été grâce à l’abnégation des citoyens : les enfants réparent les routes carrossables pour se faire un peu de sous, les paysans se regroupent en coopératives modernes où traditionnelles pour survivre, les jeunes s’exilent pour entretenir leur familles. Les parents payent les bancs pour que leurs enfants s’asseyent à l’école, la diaspora envoie l’argent pour soigner les malades et nourrir les familles dans les villages. Cette situation de débrouillardise et de précarité, cultivée et entretenu par l’état, a fait de chaque fonctionnaire un rentier sur les biens qui sont censés être publics : prébendes, concussions et pots-de-vin, tout est toléré dans ce laisser-aller fait pour compromettre les élites, souiller les âmes et leur ôter le courage de se révolter. Cela explique les tournures gênées des dirigeants de l’opposition guinéenne, presque tous anciens ministres de Conté, à dénoncer les dérives de Daddis. Dans cette anarchie institutionnalisée, seul est crime la réclame du partage du pouvoir, ou d’un peu de démocratie. Il est inutile de se refugier dans le passé, car autant que l’on peut se souvenir, cela a été toujours le cas. De la « cinquième colonne », au complot peulh, à Kaporo, à Alpha Condé, à Mamadou Ba, aux victimes des tueries récentes, le seul crime punissable a été de demander des comptes aux gouvernants. Les prédateurs qui rodent encore dans le pays ne sont que la preuve, à contrario, de cet état de fait. Les fonctionnaires pendus pour avoir refusé de chanter les fausses gloires des chefs la confirmation.

La seconde erreur d’appréciation à laquelle se heurtent les diplomates c’est de croire qu’il y a une armée en Guinée. Cette assomption a permis à un moment de rêver de divisions en son sein et d’encourager un sursaut de conscience de certaine factions. Cela a été un leurre qui fut entretenu par Conté comme tactique de survie. Il opposa des factions de sbires pour mieux les neutraliser. Les hommes en uniforme de la Guinée ne sont qu’un ramassis de ratés, condition originelle qui fait d’eux les voleurs et les criminels que nous connaissons. Historiquement et pour le pire se rend-t-on compte, l’armée a été le dépotoir de la société. Exception pour un intermède des années soixante où il eut un corps d’état de l’armée composé de quelques cadres et dans les années 90 où des éléments de l’université furent enrôlés. Au temps colonial, l’armée fut principalement peuplée d’hommes de castes. Avec l’indépendance, elle fut le lot des échoués de la société ; les enfants impossibles et les mauvais élèves s’y retrouvèrent en masse. La sociologie de tout groupe n’est possible qu’avec des généralisations. Les exceptions d’officiers éduqués et raffinés que l’on serait tentées de citer ne font que confirmer le fait aberrant qui fait que notre pays a confié l’exercice de la violence légale à la lie de la société. Ce ramassis sort de la réserve et offre au monde des images surréalistes: son chef en caleçon, un sbire déclarant devant une camera de journalistes étrangers qu’il utilise l’arme pour assouvir ses désirs, des interviews de Pivi traitant un général de « machin », les ignobles actes de viols en plein jour. La conclusion qui s’impose est que ceci n’est pas une armée.

Les hésitations des diplomates à voter une résolution d’envoi d’une force d’interposition pour mettre hors d’état de nuire cette chienlit n’en sont que surprenantes pour le guinéen moyen. Les femmes violées l’on demandé ; les citoyen ordinaires le demandent ; les Forces Vives le demandent. Même ceux qui doutent - étant donné des expériences du passé dans les pays voisins - de l’efficacité des interventions des troupes africaines savent qu’elles sont un moindre mal. Un bataillon de professionnels ne fera qu’une bouchée de cette vermine. La possibilité d’un précédent d’ingérence humanitaire nous est offerte en Guinée aujourd’hui. On peut discuter des modalités de l’intervention militaire, de son financement, de sa composition, de sa durée, mais il est moralement insoutenable de disputer son opportunité et sa nécessité. Hélas ! le Liberia nous rappelle amèrement que la réalité diplomatique est un monde où de savants dosages travaillent contre le bon sens. C’est après 9 ans de boucherie inhumaine que Colin Powell suppliant le président américain, put organiser une intervention des marines. Quand le bateau fit son apparition au large de Monrovia, la guerre prit fin. Il est navrant de constater qu’il fallut tant de dégâts pour que les américains interviennent dans l’état qui leur est le plus proche en Afrique. Il est effrayant de voir jusqu’où les manœuvres diplomatiques fondées sur des mauvaises prémisses peuvent empêcher des actions salutaires et de moindre coût pour des millions d’innocents.

Le leurre de la souveraineté nationale qui agit comme un paravent pour dissimuler l’imbécilité en treillis ou en boubou blanc et érigé en emblème nationale, vient s’ajouter à ce tableau déjà peu reluisant. La souveraineté nationale chatouilleuse a été la rengaine de toujours des guinéens. Il y eut d’abord l’oxymoron de liberté dans la pauvreté, l’illusion ridicule de nation d’avant-garde de l’Afrique que s’est soldée dans la capitale la sombre de l’Afrique, ensuite le sacro-saint et fallacieux mythe de richesses naturelles convoitées par « l’impérialisme international ». Cet exhibitionnisme chatouilleux de jeune fille prude en mal d’admiration masque mal le vide sur lequel la nation navigue. Il agit comme un phénomène de compensation collective. Dans le dénuement honteux dans lequel les cadres guinéens se retrouvent face à des nations moins dotées par la nature, l’exaltation des richesses potentielles et d’une dignité cachée sont les seules médications de secours. Ils sont les symptômes d’une société qui refuse de faire face à ses choix erronés. Par inadvertance ou par tricherie, on préfère faire semblant de vivre dans une société normale, voire une république dont la face longuement cachée dans la fange du m’as-tu-vu, vient de se montrer. C’est sur cette fuite en avant que s’alimentent les phantasmes de solutions rapides de la crise qui gangrène le pays. On entend souvent dire : « Il suffit qu’il y ait des élections libres. Il suffit qu’un homme instruit vienne au pouvoir. Il suffit qu’on exploite le fer du Nimba etc.»

Il suffit d’un honnête officier de l’armé disait-on l’année dernière. C’est la corde que tira Daddis pour caracoler au pouvoir pendant 9 mois avant le funeste jour où il montra sa nature sanguinaire. « Il suffit de...», ou « il n’y a qu’à … » sont des slogans typiquement guinéens, des signes troublants de tares d’une nation dirigée par une élite écervelée à la mémoire courte et incapable de l’admettre. Une nation qui veut à tout prix oublier ses morts innocents, les crimes commis, les tombes anonymes, les procès outranciers, les injures des ethnies, les famines organisées pour s’adonner à la danse sur le son funèbre d’une fraternité illusoire qui se résout dans les crimes au grand jour. On a entendu encore des gens dire après le 28 Septembre 2009 que Lansana Conté n’a pas été si sauvage. En 2007 les mêmes personnes avançaient que même Sékou Touré n’a pas osé faire çà, oubliant la filiation directe des maux entre les démons du passé et de ceux du jour ; dans cette spirale de la décadence sans fin et devant un avenir trouble, les jours passés sont toujours les meilleurs.

Pour ne pas alourdir la liste, une autre erreur d’appréciation est de croire qu’il y a une opposition en Guinée. Il n’y en a pas. La pléthore de partis politique, les caciques de l’ancien régime qui vendent la pacotille de changement ne font que se bousculer vers le portillon du pouvoir et le garde-manger du trésor public. Un parti politique existe au regard d’un électorat. Quand il n’y a jamais eu d’élections propres, entretenir l’idée de partis est une fiction et une illusion de normalité. Ce qui eut été approprié dans les circonstances actuelles serait une guérilla pour traquer les assassins. Cette option salutaire ayant été soigneusement écartée du discours, les bonnes volontés se fourvoient dans des chapelles et des sectes ethniques basées sur des affinités douteuses, sans socle idéologique ni un programme minimal de changement. Admettre ce vide serait un premier pas vers une solution politique qui consisterait à :

1) Engager un débat dans une conférence nationale où l’on pratiquerait une catharsis collective afin de faire le point sur les crimes tabous et les criminels en liberté. Les méfaits reconnus seront pardonnés ou punis avec la loi et qu’on en finisse avec l’impunité malsaine.

2) Voter par référendum une constitution adaptée aux réalités nationales.

3) Organiser des élections locales pour réduire la pléthore de partis avant de parler d’élections législatives et présidentielles. Un processus d’au moins 5 ans. A défaut on ne fera que reconduire les pratiques du passé.

Les conclusions qui s’imposent sont : les populations guinéennes (simples citoyens, politiciens, journalistes etc.) sont les otages d’une mafia et de sa milice. Elles n’ont jamais eu les dirigeants qu’elles méritent.

Étant donné l’état de décomposition des forces de sécurité, seule une intervention extérieure pourra enrayer la dégénérescence dangereuse. Elle seule pourra réarmer le courage des quelques militaires professionnels mis à la retraite ou à l’écart. Une telle opération, indispensable du reste si l’on veut arrêter la plongée dans l’abime, peut-être menée à moindre coût. Au risque de paraitre naïf, on peut avancer que, comme au Liberia, sans tirer un coup de fusil, les voyous du camp Alpha Yaya vont fuir ou se fondre dans la population rien qu’a l’annonce du débarquement. Avec une préparation intelligente, de l’information précise et l’usage de la technologie, l’intervention peut-être raccourcie, les assassins éliminés et les forces extérieures accueillies en libérateurs.

Il restera toujours l’équation du nouveau leadership et des chances que les guinéens veulent se donner. Nulle armée ne fera ce travail à leur place. Ils ont besoin de jeter un regard sans complaisance sur leur histoire. Le 28 Septembre 2009 est la culmination d’un égarement entamé en un autre 28 Septembre 1958. Dans un enthousiasme juvénile et une atmosphère de carnaval, un peuple ramassa dans les urnes la libération sans payer le prix qui convient. Elle la monnaya contre des slogans creux et de la « ma maya » incessante. C’est l’ancienne puissance colonisatrice qui aujourd’hui s’égosille contre la barbarie que nous exhibons un demi-siècle après qu’on ait dansé et chanté que nous sommes l’avant-garde de l’Afrique. En ces jours de douleurs il faut que chacun batte sa coulpe pour avoir tant soi peu contribué à entretenir l’illusion macabre du développement sans effort et du progrès dans l’encouragement de l’ignorance. Si il y a quelque chose de bon qui doit sortir de cette épreuve c’est l’humilité de se regarder en face et d’admettre que nous avons tous failli. Nous n’avons pas été à la hauteur des promesses implicites ou explicites que nous avons faites de bâtir une nation. Où que l’on ira à partir de ce jour, il convient que l’on se tourne vers la communauté internationale et qu’on admette que l’on a démérité. Nous somme une nation en faillite ; un pays où il n’y a pas seulement une déliquescence économique mais aussi une banqueroute morale. Il n’y a rien de honteux à admettre cela. Le contraire serait cynique et diabolique. Même si on nous a fait croire que nous sommes dans la banlieue du monde, nous en faisons toujours partie. Nous venons humblement demander de l’aide. Si nous ne voulons pas être un autre Haïti, l’humilité s’impose. Le salut passera par taire nos prétentions futiles. Nous nous devons de faire pénitence pour quémander qu’on nous tire de l’ornière dans laquelle nous tournoyons. Nous ne savons pas comment nous protéger contre les hordes que nous avons enfantées. L’admission que l’indépendance nous fut octroyée permettra de dissiper les mythes de faux héros et de pays d’avant-garde. Nous nous sommes fourvoyés dans l’improvisation et la complaisance. Cinquante et un an après, quand les anciens premiers ministres ont des contusions et des blessures, il n’y a pas d’hôpital pour les soigner. Les cadres supérieurs ont fait d’une mode d’envoyer leurs femmes accoucher dans les cliniques étrangères ; de clamer dans les salons que leurs enfants sont américains ou français par droit du sol. Aujourd’hui, réalisent-ils le vide qu’ils ont contribué à créer ? Rien n’est moins sûr. Nous vendons, encore et toujours de la bauxite brute pour acheter des armes et du riz. Nos enfants fuient pour rejoindre ceux que nous avons prétendu avoir chassés.

Une fois les tares admises, nous devons faire vœux solennel de tirer les leçons qui s’imposent. Nous allons fouiller dans nos fosses communes pour sortir les vérités que nous avons enfouies avec des innocents. Nous arrêterons la duplicité d’accuser l’occident d’être le diable et de lui tendre la main sous la table pour des subsides. Nous arrêterons d’utiliser la colonisation comme justification de l’incurie, l’africanité comme refuge pour l’inculte, la famille comme alibi contre la responsabilité individuelle.

Une fois admis que notre pire ennemi c’est nous-mêmes, nous veillerons à filtrer les passages vers le pouvoir pour ne laisser passer que ceux qui sont sauront restaurer les valeurs bafouées du travail et de la créativité. Nous serons alors immunisés contre les solutions de facilité et la tricherie ambiante.

Nous n’accepterons plus jamais qu’un enfant non éduqué devienne une plaie qui empestera la vie de la communauté. Nous ne tolérerons plus que les innocents oubliés dans les fosses communes ou dans les cachots soient des fantômes qui troublent le sommeil et la paix dans la cité.

Seulement alors les prières du vendredi seront exaucées. Pour le moment elles ne sont que des incantations blasphématoires. Elles pourront alors nous réconcilier avec le vrai ; elles nous permettrons de laver nos consciences salies par des négligences coupables et la quête trompeuses de saluts personnels aux dépends de la nation. Si nous apprenons ces leçons les morts ne seront pas en vain.

Par Ourouro Bah

Manifestation contre le carnage du 28 septembre

Déjà traduit en : Français
20 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
cndd, manifestation, massacre
Manifestation contre le carnage du 28 septembre
Manifestants à Vienne

La communauté guinéenne d’Autriche et quelques sympathisants autrichiens ont manifesté le 15 octobre dernier contre le carnage du 28 septembre dernier. Malgré le froid et la neige de cet hiver précoce, les manifestants se retrouvèrent dès 10h à l’Albertina Platz (Place Albertina) non loin du musée du même nom, l’Albertina Museum, un des musés d’art les plus fameux de la ville de Vienne. Des slogans condamnant le CNDD et son président et exigeant une commission d’enquête internationale ainsi qu’un retour à la démocratie en Guinée furent lancés. Un discours expliquant les circonstances de la tragédie du Stade du 28 Septembre fut lu. Il a été transmis à la presse et aux organisations de défense des Droits de l’Homme travaillant en Autriche.

Malheureusement, à cause du mauvais temps, peu de passants se hasardaient à l’Albertina Platz ce jeudi 15 octobre. Les slogans criés et les terribles photos du carnage agrandies et exibées par des manifestaient attirèrent cependant l’attention de quelqus rares passants qui posèrent des questions. Un passant regrettera la couverture insuffisante de l’évènement par les médias autrichiens. L’Autriche étant un pays traditionnellement peu tourné sur l’Afrique, l’actualité de ce continent, surtout de sa partie subsaharienne, est pratiquement ignorée par la presse.

À Abuja, les « Forces Vives » rejettent toute négociation avec la junte

Déjà traduit en : Français, Fulfulde
13 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
cedeao, forces vives, guinee

Le Forum des Forces Vives de Guinée, une nébuleuse réunissant les partis de l’opposition, les syndicats, la Société Civile, rejette toute négociation avec la junte militaire accusée d’avoir perpétré les crimes du 28 septembre au stade du même nom. Voici leur communiqué publié à Abuja, capitale du Nigéria où les Forces Vives étaient conviées par la CEDEAO dans le but de dénouer la crise guinéenne :

À l'invitation de la CEDEAO (Communauté Économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), une délégation du Forum des Forces Vives, comprenant des représentants de toutes ses composantes (partis politiques, syndicats, organisations de la société civile) a pris part à la 8eme session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), tenue au siège de la CEDEAO à Abuja, le 12 Octobre 2009.

À cette occasion, la délégation des Forces Vives a eu l'opportunité de faire aux membres du GIC-G, un exposé complet sur la situation en Guinée, surtout après les massacres commis par la junte militaire du CNDD, lors de la manifestation pacifique du 28 Septembre 2009.

Les Forces Vives ont réitéré leur appui aux efforts du facilitateur, son Excellence le président Blaise Compaoré. Toutefois, elles ont souhaité une claire définition des objectifs de la mission de facilitation.

Elles réaffirment leur rejet de toute négociation politique avec la junte militaire qui s'est totalement disqualifiée en se livrant à des massacres, des viols, des arrestations arbitraires et des exactions contre son propre peuple sans défense.

Elles confirment les exigences contenues dans le mémorandum remis au facilitateur et publié dans le communiqué n°6 comme préalables à toute discussion. C'est notamment la dissolution du CNDD et la mise en place d'un organe de transition qui désignera un gouvernement d'union nationale.

Devant les dangers réels d'explosion que recèle la situation actuelle, les Forces Vives ont insisté sur l'envoi d'urgence en Guinée d'une force de protection de la population civile, l'imposition immédiate d'un embargo sur les armes à destination de la Guinée et l'adoption de sanctions appropriées contre la junte et son gouvernement.

La délégation a hautement apprécié les efforts inlassables de la CEDEAO, de l'Union Africaine, des pays amis de la Guinée et de toute la communauté internationale réunis dans le Groupe International de Contact pour aider le peuple guinéen à trouver une issue heureuse à la grave crise actuelle. À tous et à toutes, elle renouvelle ses remerciements et sa profonde gratitude.

La délégation remercie vivement le GIC-G pour les positions courageuses prises dans le communiqué final de la rencontre et qui répondent pleinement aux aspirations du peuple de Guinée. Elle insiste sur une mise en œuvre rapide des résolutions adoptées.

Elle exhorte le peuple de Guinée à rester uni et mobilisé à l'exemple du Forum des Forces Vives et à continuer la lutte contre la dictature pour l'avènement d'une Guinée libre, unie et démocratique.

Abuja le 12 Octobre 2009

Le Forum des Forces Vives de Guinée.

Entre-temps, les deux journées de recueillement et de prière proclamées par les syndicats ont été presque scrupuleusement respectées en Guinée. Sur toute l’étendue du territoire, les bureaux, les entreprises, les marchés etc. sont restés fermés ce lundi et mardi. Certains ont même parlé d’une opération ville morte. En tous cas, c’est un avertissement à la junte car les syndicats qui s’étaient, pour des raisons encore inconnues, mis à l’écart de la marche du 28 septembre terminée dans un bain de sang, ont démontré que leur capacité de mobilisation est encore intacte.

HUITIEME SESSION DU GROUPE INTERNATIONAL DE CONTACT SUR LA GUINEE (GIC‐G)

Déjà traduit en : Français
13 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
crimes du 28 septembre

COMMUNIQUE FINAL

1. La huitième session du Groupe international de contact sur la Guinée (GIC‐G) s’est tenue le lundi 12 octobre 2009, au siège de la Commission de la CEDEAO à Abuja, en République Fédérale du Nigéria.

2. Le Groupe condamne fermement les actes délibérés de brutalité, de viol de femmes et de massacre perpétrés par des troupes armées placées sous l’autorité du CNDD, à l’encontre de civils non‐armés, lors d’une manifestation pacifique des Forces Vives, le 28 septembre 2009.

3. Le Groupe invite instamment les autorités de fait en Guinée à :

- libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, en particulier celles détenues en

relation avec les événements du 28 septembre 2009 ;

- rendre les corps de victimes à leurs familles ;

- permettre à toutes les personnes admises dans les hôpitaux ou se trouvant ailleurs,

particulièrement les femmes victimes de viols, de recevoir librement des soins médicaux à

la charge de l’Etat ;

- lever toutes les entraves à la liberté d’expression, de circulation et de manifestation,

- interdire le port des armes de guerre par tout militaire en dehors des casernes ne se

trouvant pas en service commandé.

4. Le Groupe invite instamment le Secrétaire Général des Nations Unies, en liaison avec la CEDEAO et l’Union Africaine et avec le soutien du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, à faciliter la mise en place d’une Commission Internationale d’Enquête pour faire toute la lumière sur les graves violations des droits de l’Homme, du 28 septembre 2009, notamment le massacre de civils nonarmés et le viol de femmes, de situer les responsabilités, de déférer les auteurs desdits actes devant les juridictions guinéennes compétentes ou la Cour Pénale Internationale, afin de mettre fin à l’impunité. Le Groupe incite tous les partenaires à préparer sans attendre les mécanismes appropriés de sanctions individuelles et ciblées en vue de les appliquer aux responsables identifiés.

5. Le Groupe invite la CEDEAO à constituer, avec l’aide de ses partenaires une mission internationale d’observation et de protection, composée de personnels civil et militaire, qui devra protéger les membres de la Commission d’enquête et les témoins contre les actes d’intimidation et contribuer à l’instauration d’un climat de sécurité pour la population guinéenne.

6. Le Groupe exprime sa grave préoccupation face aux informations concernant le trafic et la circulation illicite des armes en Guinée, demande à la CEDEAO de mettre en oeuvre les dispositions pertinentes de la Convention sur les ALPC et recommande à la Communauté internationale l’imposition d’un embargo total sur les armes à destination de la Guinée.

7. Le Groupe rappelle aux autorités guinéennes leur obligation de protection des populations civiles nationales, y compris les responsables politiques, syndicaux et de la société civile ; cette obligation de protection s’étend aux ressortissants étrangers vivant sur le territoire guinéen y compris les membres du Corps diplomatique et consulaire, qui sont leurs hôtes. Il les enjoint à prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer cette protection, conformément aux engagements auxquels elles ont librement souscrits.

8. Le Groupe en appelle au Président du CNDD afin qu’il formalise, avant le 17 Octobre 2009, date limite fixée par la 204ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, l’engagement pris, que ni lui‐même, ni les autres membres du CNDD, ni le Premier Ministre, ne se présenteront à l’élection présidentielle ; à défaut il appelle l’Union Africaine, les organisations régionales et internationales concernées a en tirer les conséquences et qu’elles prennent les mesures appropriées.

9. Le Groupe apporte son soutien total au Président du Burkina Faso, Son Excellence Blaise Compaoré, dans sa mission de médiation demandée par le Président en exercice de la CEDEAO à la suite de la requête du Président de la Commission de l’Union Africaine au nom du GIC‐G, conformément aux recommandations de sa 7ème réunion tenue le 22 septembre 2009 à New York.

10. Dans cette perspective, le Groupe apporte son soutien total pour une solution politique visant à mettre en place, si possible par le dialogue, sur base du retrait du CNDD, de nouvelles autorités de transition et à favoriser une transition apaisée de courte durée au terme de laquelle seront organisées des élections crédibles et transparentes. Ces nouvelles autorités de transition devront faire preuve de neutralité tout au long du processus électoral.

11. Le Groupe remercie le Président de la République Fédérale du Nigéria, Président en exercice de la CEDEAO, son Gouvernement et le Peuple du Nigéria, de même que le Président de la Commission de la CEDEAO et ses collaborateurs, pour l’accueil fraternel et l’hospitalité qui leur ont été réservés pendant toute la durée de leur séjour.

12. La date et le lieu de la prochaine réunion du Groupe seront fixés à l’issue de consultations entre les co‐présidents.

Fait à Abuja le 12 octobre 2009

Ah, Dadis ! (« Conseils » de l’écrivain et journaliste ivoirien Venance Konan à M. Dadis Camara)

Déjà traduit en : Français
06 10 2009
Pays :
GUINEA

Dans ce texte d’une ironie déconcertante, le journaliste ivoirien fustige la duplicité de certaines puissances mondiales qui n’hésitent jamais à ménager les potentats lorsque cela arrange leurs intérêts économiques ou stratégiques. À propos, le Président Sarkozy est actuellement en visite officielle au Kazakhstan, un autre « hâvre » de démocratie. Il est accompagné d’une importante délégation économique. Bonne lecture :

Franchement, Dadis, là, tu as déconné. Tu nous faisais bien rire avec tes « Dadis shows », ton français tordu et ta façon de limoger tes hauts fonctionnaires en public, mais on se disait que l’Afrique en avait bien vu d’autres, et souvent pire. On savait tous depuis le début que tu allais te porter candidat, malgré ta déclaration un peu hâtive que tu n’étais pas intéressé par le pouvoir. Tant qu’on n’a pas encore goûté au pouvoir, c’est facile de dire qu’il n’intéresse pas. Robert Guéï avait dit la même chose ici, lorsque le pouvoir lui est tombé tout à fait par hasard dans les mains.

On a vu la suite. Nous savions qu’il y aurait des oppositions, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais c’est comme cela que ça se passe partout, et cela fait partie du jeu. Nous pensions que tu serais assez malin pour contourner toutes ces oppositions, comme l’avait fait ton collègue putschiste de Mauritanie. Mais de là à piéger des milliers de gens dans un stade et faire ouvrir le feu sur eux, non, Dadis, tu as été trop loin. Comment tu vas faire maintenant ? Dans l’interview que tu as accordée à RFI au lendemain de ce massacre, tu avais dit : « Si je devais quitter, ce serait pour aller dans une organisation internationale, y prendre une responsabilité. » Bon, il est vrai que de nombreux anciens chefs d’Etat prennent leurs retraites dans des organisations internationales, mais il y a un certain nombre de qualités qui sont tout de même requises, et je ne suis pas très sûr que tu les aies.

Mais de toutes les façons, après ce qui s’est passé le 28 septembre, je crois qu’il te faut tirer une croix définitive sur une organisation internationale. Même africaine. Que te reste-t-il d’autre à faire ? Ben, t’accrocher au pouvoir ! Tu vois autre chose ? Moi non plus. Mais comment faire ? Eh bien, si tu suis bien mes conseils, tu y parviendras. D’abord, ne recommence plus ce que tu as fait. Si c’est une partie incontrôlée de ton armée qui a fait ce coup, arrange-toi pour la contrôler désormais. D’accord ? PLUS JAMAIS CA ! Ensuite, tu arrêtes de parler. Parce que souvent tu racontes n’importe quoi.

Tu arrêtes aussi d’humilier tes collaborateurs et hauts fonctionnaires, ainsi que des diplomates ou des hommes d’affaires. Fais profil bas, vas rendre visite aux blessés, aux parents des morts, donne leur un peu d’argent (tu as quand même des fonds de souveraineté ! Eh bien ça sert à ça aussi, pas seulement pour aller voir les marabouts et entretenir ta famille), et dis partout que ce n’est pas toi, ce n’est pas toi. Ensuite, tu trouves deux lampistes que tu sanctionnes et tu verras que ça se calmera à ce niveau. Pour ce qui est de la communauté internationale, envoie rapidement une délégation de gens qui parlent bien aux Chinois, pour leur dire que ce qui s’est passé chez toi, c’était comme Tien An men. Ils te comprendront. Ils ne sont pas compliqués, les Chinois.

Les droits de l’homme en Afrique, ils s’en foutent complètement. Chez eux aussi, ils s’en foutent de la même façon. Et tu leur donnes plein de marchés très juteux. Et tu verras qu’ils bloqueront toute résolution un peu fâcheuse du Conseil de sécurité à ton endroit. Tu comprends non ? Ils ont le droit de veto. Mais ne leur donne pas tous les marchés. Laisse quelques uns de très juteux aussi de côté, pour que les Européens comprennent qu’il y a encore de la place pour eux, à condition bien sûr qu’ils mettent un peu la pédale douce.

Tiens ! Comme il n’y a pas d’électricité et d’eau courante chez toi, donne le marché à Bouygues par exemple. Et tu donnes aussi ton port et ta ligne de chemin de fer à Bolloré. Laisse tomber les histoires d’appel d’offres. Bouygues et Bolloré sont des copains de Sarkozy. Tu vois non ? N’oublie pas les Américains et les Russes. Si tu fais tout ça, tu verras que d’ici trois mois tout ça sera oublié. Tu as vu le petit Kabila ?

Est-ce que quelqu’un l’embête ? Pourtant tout le monde sait comment il est arrivé au pouvoir et on a vu ce qu’il a fait aux partisans de Jean-Pierre Bemba ainsi qu’à des membres d’une secte qui voulaient lui casser les pieds. Des centaines de morts. Mais c’est Bemba qui s’est retrouvé en prison à la Haye. C’est tout cela qui forme le droit international de nos jours. Je sais que tout ça est un peu compliqué pour toi, mais ce n’est pas grave.

Pour ne pas aller loin, regarde à côté de toi, en Côte d’Ivoire. Parmi le flot de condamnations, as-tu entendu la voix de la Côte d’Ivoire ? On sait pourquoi. En mars 2004, des éléments soit disant incontrôlés ont tué plus de cent personnes chez elles, devant leurs portes, parce qu’elles voulaient aller à une manifestation de l’opposition.

Un peu comme chez toi. C’est l’ONU elle-même qui a donné le nombre exact de morts après enquête. Avant ça, il y avait même eu des escadrons de la mort. Des gens avaient parlé de Tribunal Pénal International. Et pourtant, avant-hier Gbagbo est allé déjeuner avec Obama et il est allé ensuite parler à l’Assemblée générale de l’ONU. L’année dernière Sarkozy lui avait même téléphoné, et ils ont causé ensemble, justement à l’ONU. C’est après que les choses se sont gâtées entre eux.

Mais ce n’est rien ça. Les chefs d’Etat européens ne se fâchent jamais tant qu’il y a des gros contrats pour leurs entreprises en vue. Tu as bien vu que le président de la Suisse est allé à Tripoli présenter ses excuses à Kadhafi, parce que la police suisse avait osé embêter son fils qui avait maltraité sa nounou. Tu as vu aussi comment le même Kadhafi a été reçu en France, en Italie, en Espagne ? Les grands principes des Européens fondent comme neige au soleil quand on leur fait miroiter des gros sous. Les Chinois ont bien compris cela.

Et toi, tu as compris tout ce que je t’ai dit, mon cher Dadis ? C’est ce que tous les autres avant toi ont fait, et ils sont restés au pouvoir pendant des décennies, malgré tous leurs crimes, en se payant même parfois le luxe de transmettre leurs pouvoirs à leurs enfants.

Venance Konan

Les radios privées s’autocensurent

Déjà traduit en : Français
03 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
guinee, radios privees

Autorisées seulement depuis 2005 (pendant des années le Président Conté s’y était opposé avec véhémence tandis qu’elles poussaient comme des champignons dans tous les pays voisins), les radios privées sont une source d’information inestimable pour la population, à côté des radios étrangères comme BBC Afrique, Radio France, la Voix de l’Amérique etc. Quant à la RTG (Radiodiffusion Télévision Guinéenne), elle est tout simplement une machine de propagande du régime du moment. Elle avait retrouvé une bonne audience au moment des entretiens télévisés du chef de la junte Moussa Dadis Camara que les Guinéens appelèrent très tôt « Dadis Shows ». Mais ils se lassèrent vite de ces shows télévisés où le capitaine putschiste jouait à la fois juge et partie, humiliant et accusant des personnes devant les caméras ou étalant ses platitudes intellectuelles.

Les radios privés sont surtout estimées à cause des émissions interactives en langues locales dans lesquelles la population peut appeler et exprimer son opinion sur des thèmes politiques. Mais qui a écouté ces derniers jours les rares radios locales accessibles sur l’Internet dans l’espoir d’apprendre quelque chose sur les récents évènements douloureux a eu un pincement au cœur : c’est presque toujours de la musique ou des émissions de conseils pratiques. Les rares fois que référence est faite aux évènements tragiques du Stade du 28 Septembre, on déplore les nombreux morts mais sans jamais nommer les auteurs, on diffuse des communiqués du gouvernement appelant au calme ; quand j’ai entendu des propos attribués à des opposants sauvagement bastonnés et menacés de mort par l’armée et appelant à sauvegarder la paix sociale et l’unité nationale qui serait gravement menacée mais sans dénoncer une seule fois les pourfendeurs de cette unité, j’ai failli croire que Jean-Marie Doré, Mouctar Diallo et consorts souffrent de schizophrénie ou d’une perte de mémoire. Pourtant c’est le pouvoir qui a recruté massivement ces derniers mois parmi les ethnies du sud-est guinéen, région natale du président autoproclamé, faisant de l’armée guinéenne une milice tribale. C’est encore les mêmes qui ont adressé des propos racistes contre Cellou Dalein Diallo en le bastonnant.

Mais finalement, il faut comprendre que c’est les circonstances politiques difficiles qui contraignent les radios privées guinéennes à la prudence. En 2007, lors des grèves qui se soldèrent elles aussi par un bain de sang resté impuni jusqu’à nos jours, une d’entre elles, Radio Liberté FM, qui avait donné la parole à des citoyens exprimant leur rejet du régime Conté avait subi une terrible attaque militaire pendant laquelle tout son matériel fut détruit et deux de ses journalistes mis aux arrêts. L’autocensure reste donc une stratégie de survie.

Déclaration du Forum des Forces Vives

Déjà traduit en : Français
01 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
conakry, forces vives, guinee

Le 28 Septembre 2009 à Conakry, des centaines de milliers de nos compatriotes de toutes les communautés, de tous les âges et de toutes les conditions, manifestant pacifiquement dans un stade de football clos contre la dictature militaire et pour le retour à une vie constitutionnelle normale, ont été piégés, brutalisés, humiliés, violentés, violés, poignardés et tués par des escadrons drogués de l'armée. Lors de ces manifestations historiques, nous avons assisté à des scènes d'une barbarie inouïe que rien, sinon la volonté du CNDD de terroriser et soumettre le peuple de Guinée ne justifiait. Des centaines de femmes et de jeunes filles ont été déshabillées, violées, les canons des fusils introduits dans leurs parties intimes, tout ceci publiquement et sous les yeux de la hiérarchie militaire.

Depuis le 23 Décembre 2008, le Forum des Forces Vives de Guinée a engagé toutes les démarches pacifiques possibles pour arriver à un consensus pour la conduite d'une transition apaisée. En face, nous n'avons rencontré que mépris, diktat, humiliations, insultes et dérision de la part de la junte du CNDD et de son chef. Les libertés fondamentales ont été graduellement confisquées, les médias mis aux ordres. Dans le même temps, contrairement à leurs premiers engagements publics nous avons assisté à une opération de légalisation du pouvoir militaire. Ceci avec une dilapidation sans précédent des fonds publics. Le Forum des Forces Vives a alors entrepris d'organiser un meeting d'information et de sensibilisation, montrant que le peuple n'acceptait pas l'usurpation du pouvoir par les militaires.

Ce meeting citoyen pouvait simplement éclairer l'opinion publique Guinéenne sur les enjeux des prochains scrutins. Malgré l'appel aux autorités pour sécuriser cette manifestation pacifique, le Forum des Forces Vives de Guinée n'a rencontré que dissuasion ou manœuvres diverses pour l'annuler. Au lieu de protéger les lieux sensibles le CNDD a infiltré des casseurs qui ont été responsables de tous les dégâts constatés, notamment ceux concernant les commissariats saccagés. Ceci dans l'objectif de discréditer l'ensemble des leaders politiques du Forum, dont les différents domiciles ont été mis à sac et pillés par les militaires.

Capitaine Moussa Dadis Camara chef de la junte, Général Sékouba Konaté Ministre de la défense, Commandant Moussa Keita Secrétaire permanent de la junte, sont les responsables du massacre de nos compatriotes, au stade du 28 Septembre. Leurs hordes avides de sang, sous la conduite du Capitaine Diakité dit Toumba aide de camp de Moussa Dadis Camara, son adjoint Théodore Kourouma, neveu de Moussa Dadis Camara et bien d'autres, cagoulés ou non ont exécuté les basses œuvres en tuant et violant froidement. Ces viols collectifs et les humiliations insupportables perpétrées contre de centaines d'innocentes constituent des atteintes graves à la dignité humaine. Les auteurs et commanditaires de ces actes ignobles doivent tous répondre de leurs barbaries. Désormais les choses sont claires. Ils massacreront tout citoyen qui voudra exercer son droit d'avoir une opinion. Ils installeront et entretiendront sans état d'âme la guerre civile. Ils ont déjà mis en place une milice à caractère ethnique. Il faut donc arrêter leurs mains criminelles, avant qu'ils ne mettent le feu à notre cher pays.

Le dialogue interne est devenu impossible.

Devant la gravité exceptionnelle de la situation, le Forum des forces vives de Guinée:

1 – S'incline avec une infinie tristesse devant ces morts et exprime sa profonde douleur face à cette tragédie délibérée. Il exprime sa solidarité aux familles de toutes les victimes.

2 – Exige de la junte et de son gouvernement:

· la restitution immédiate des corps des victimes de leurs massacres, afin que les familles puissent enterrer dignement les leurs;

· le recensement exhaustif des disparus;

· la prise en charge médicale complète de tous les blessés;

· la libération immédiate et inconditionnelle des détenus; la libération et prise en charge immédiate des femmes violées et encore séquestrées.

· la réparation immédiate des domiciles saccagés, la restitution des biens dérobés.

3 – Lance un appel pressant à la CEDEAO, à l'Union Africaine et au Groupe International de Contact, pour organiser en urgence l'envoi en Guinée d'une force de paix chargée de protéger les populations guinéennes contre ses forces armées déchainées, que le chef de la junte lui même dit ne pas pouvoir contrôler;

4 – Lance un appel aux citoyens et organisations spécialisés pour la préparation immédiate d'un dossier d'accusation afin de traduire les responsables et commanditaires identifiés des massacres de nos populations devant le Tribunal Pénal International, pour crimes contre l'humanité.

5 – Décide de réunir rapidement une concertation nationale pour installer un organe consensuel et efficace devant mener la transition vers des élections libres et transparentes, en raison de la désormais disqualification du CNDD et de son gouvernement en tant que force dirigeante responsable d'un état unitaire respectant les droits humains les plus élémentaires.

6 – Lance un appel à tous les Guinéens et Guinéennes, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, à rester mobilisés, à s'opposer à la dictature militaire.

Cinquante années de dictatures civile et militaire, ça suffit. Le peuple de Guinée ne l'acceptera plus.

Conakry le 30 Septembre 2009

Le Forum des Forces Vives de Guinée

Manœuvres de diversion de la Junte de Conakry

Déjà traduit en : Français
01 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
dadis, guinee

Acculée de toutes parts (menaces de sanctions par l’Union Africaine, la France, les Etats-Unis), Dadis et sa junte multiplient les astuces et autres manœuvres de diversion. D’abord, il décline toute responsabilité dans les atrocités du 28 septembre (je ne contrôle pas mon armée, l’opposition est responsable de tout ce qui est arrivé), ensuite verse quelques larmes de crocodile et a même l’audace de rendre visite aux blessés à l’hôpital de Donka. Après avoir interdit tout regroupement « à caractère subversif » sans doute pour empêcher l’opposition de se réorganiser, son dernier subterfuge est le gouvernement d’union nationale.

Le dictateur sait que si l’opposition accepte de faire partie d’un pareil gouvernement, la communauté internationale serait embarrassée dans l’application des sanctions. Comment punir des bourreaux si leurs victimes collaborent avec eux dans un même gouvernement ?

Si Sydia Touré, Cellou Dalein Diallo, Jean-Marie Doré, Mouctar Diallo etc. acceptent ce cadeau empoisonné, ils auraient sabordé eux-mêmes le combat qu’ils ont commencé. S’ils acceptent un gouvernement d’union nationale, ce serait à la condition qu’aucun membre du CNDD et du gouvernement actuel n’en fasse partie.

Autre idée du chef de la junte pour échapper à la justice internationale : une commission d’enquête internationale avec à sa tête un « sage africain ». À qui pense t-il quand il parle de ce fameux « sage africain » ? Certainement à son mentor Abdoulaye Wade président du Sénégal voisin qui l’appelle affectueusement « mon fils » et qui est avec Kadhafi le seul Chef d’État africain à l’avoir ouvertement soutenu depuis le début. Il ne doit pas donc être question d’un Chef d’État en exercice, surtout s’il s’appelle Wade ou Kadhafi.

L’opposition et la communauté internationale ne doivent pas tomber dans les pièges que leur tend une junte aux abois.