Un demi-siècle après les indépendances, les politiques d’alphabétisation en langues autochtones ont généralement échoué dans la plupart des pays de l’Afrique Subsaharienne. Que de conférences, de séminaires, de résolutions, de discours restés sans effet ! Une évaluation de ces politiques d’alphabétisation avec une recherche approfondie sur les causes de cet échec s’impose. L’Union Africaine est consciente de l’enjeu et a déjà créé une académie des langues africaines sise à Bamako (site Web : http://www.acalan.org/).
Les arguments souvent évoqués, c'est-à-dire la multiplicité des langues, le manque d’engagement des dirigeants, les problèmes financiers, le complexe colonial etc. sont certainement valables mais à mon humble avis on oublie généralement un critère décisif : si les Africains rechignent à lire ou à écrire leurs langues maternelles, c’est qu’ils ne voient point l’utilité pratique de ces dernières. En effet, pour qui s’est rendu dans une ville africaine, les langues locales sont invisibles. Si on peut les entendre dans la rue et les marchés, il n’y a pas un environnement écrit : pas de panneaux routiers, d’affiches publicitaires, d’enseignes de boutiques etc.
Fait plus important : on ne trouve aucun mode d’emploi dans une langue africaine. Même de très grandes langues comme le swahili ou le haussa sont peu ou pas dotées dans ce domaine. Or pour motiver les Africains à valoriser leurs langues, il faudrait penser à rédiger des notices d’emploi pour certains produits de consommation très courante tels les médicaments, les téléphones portables. Imaginons un paquet d’aspirine avec une notice en bambara, haussa, yorouba, éwé ou peul ou un portable avec un mode d’emploi en swahili, lingala, zoulou. L’effet psychologique serait inestimable.
On pourrait même aller plus loin et souhaiter la traduction des menus de téléphones portables dans les langues africaines. Certaines de ces langues ont plus de locuteurs que le néerlandais, le slovène, le slovaque, le hongrois etc. L’étroitesse du marché ne peut donc pas être un argument valable. L’affichage des caractères spéciaux de l’alphabet (entendez ceux qui ne se trouvent pas sur un clavier usuel) ne pose plus de problèmes techniques de nos jours grâce du développement du standard Unicode. La saisie de ces mêmes caractères ne devrait pas non plus poser problème : il existe déjà des claviers virtuels pour pc. Ces claviers peuvent être adaptés pour les portables. Après tout, les é et ê du français ne figurent pas non plus sur le clavier d’un portable. Il faudrait donc convaincre les fabricants qu’une localisation de leurs logiciels (c’est le terme technique pour l’adaptation d’un programme aux réalités linguistiques d’un pays, d’une région) pourrait leur être profitable à long terme.
L’argument massue de la pauvreté des langues africaines en vocabulaire technique ne tient pas : je pense qu’en traduisant Maneno en swahili, bambara et peul avec toute la terminologie NTIC liée à cela, les traducteurs ont suffisamment prouvé cela.