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Konngol Afirik

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Guinée : nouvelle déclaration de la Société Civile contre le pouvoir militaire

Déjà traduit en : Français
31 08 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
cndd, dadis camara, elections

Condamnant les manœuvres de désinformation d’officiels à tous les niveaux et des médias d’état tentant de faire croire à l’incohérence des décisions du Forum des Forces Vives:

Rappelant que le forum des Forces vives s’était engagé avec le CNDD dans un partenariat basé sur une confiance réciproque dans le but de favoriser la conduite d’une transition consensuelle et apaisée:

Considérant que le Forum des Forces Vives n’a jamais contesté ni la paternité du comité ad hoc ni ses conclusions et qu’il a, au contraire insisté conséquemment, sur la mise en place d’un comité de suivi aux fins de veiller au respect strict du nouveau chronogramme et d’éviter ainsi d’autres retards dans son application;

Rappelant que le forum des Forces Vives a rejeté l’ordonnance portant création du conseil national de Transition en raison de l’augmentation unilatérale de son effectif convenu qui était de 163 membres au lieu de 244 ainsi que pour la modification de sa composition, notamment l’omission de la société civile;

Soulignant que l’engagement du Chef de 1’Etat à ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle a fait l’objet d’un serment solennel et répété devant l’opinion nationale et la communauté internationale et que la violation de cet engagement saperait dangereusement les fondements même du consensus national et de la paix civile ;

Jugeant qu’en cas de violation par le Chef d l’Etat de son engagement, la monopoli1sation actuelle des médias d’état, la multiplication et instrumentalisation de groupes de soutien, la militarisation de plus en plus poussée de l’Etat et de l’administration territoriale, l’utilisation massive des fonds publics a des fins de propagande malgré la misère généralisée des populations, la personnalisation progressive du pouvoir pourraient conduire à l’organisation d’élections qui ne seraient ni transparentes, ni crédibles et ni acceptables avec des risques de contestation et de troubles sociaux majeurs ;

Déplorant l’aggravation de la pauvreté des populations guinéennes privées depuis de longs mois de l’aide de la communauté internationale et gravement affectées par le tarissement des ressources financières internes, du fait du ralentissement de l’activité économique ;

Déplorant a violation répétée du domicile de M. Mamadou Mouctar Diallo, Président des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD) par des groupes militaires;

Le Forum des Forces Vives de Guinée

Décide de ne pas donner une suite favorable à l’invitation du Chef de l’Etat à participer à une réunion de concertation au Palais du Peuple le lundi 31 fout 2009. 11 considère que cette rencontre élargie aux présidents de CRD et autres responsables administratifs et politiques ne constitue pas le cadre approprié pour débattre avec sérieux et sérénité de questions liées à un sujet aussi important que la transition;

Rappelle son opposition catégorique à la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara ou de n’importe quel autre membre du Gouvernement ou du CNDD à la prochaine élection présidentielle et ce, pour garantir la transparence, la régularité et l’équité du scrutin;

Reste toujours dans l’attente des réponses du chef de l’Etat sur la question de l’effectif et de la composition du CNT et dénonce par avance toute récupération de ce point de désaccord pour justifier un quelconque retard dans la mise en place de l’institution et dans l’application du chronogramme adapté;

Exige l’accès des partis politiques aux médias d’état afin de favoriser l’expression libre et équitable des différents courants de pensée et d’opinion de la nation;

Déplore l’entrave à la liberté d’expression que constitue la mesure officielle d’interdiction des SMS au niveau des opérateurs de téléphonie mobile;

Attire l’attention du CNDD et du gouvernement sur les risques sérieux d’émeutes populaires liées à la misère généralisée et à l’absence de perspectives économiques, en raison de la situation chaotique générée par la gouvernance politique et économique actuelle;

Exprime sa solidarité vis-à-vis de M. Mamadou Mouctar Diallo Président des NFD et condamne énergiquement les tentatives d’intimidation et l’atteinte aux libertés fondamentales dont il est l’objet;

Exige la relance des travaux de la Commission Nationale d’enquêtes sur les tueries de juin 2006 et janvier- février 2007 ainsi que la poursuite des audits tels que prévus par la plateforme des Forces Vives;

En appelle au sens de l’Etat et à l’esprit patriotique maintes fois revendiqués par lui, pour demander au Capitaine Moussa Dadis Camara d’éviter de faire, en ces moments cruciaux, des choix politiques qui pourraient ébranler profondément et durablement les fondements même de la nation guinéenne. Il se doit de rester l’arbitre neutre et impartial nécessaire à la réussite de la transition;

Réitère son appel au peuple de Guinée pour lui demander de rester vigilant et mobilisé afin de s’opposer énergiquement à toute forme d’accaparement du pouvoir autrement que par les urnes et dans le cadre d’élections libres, justes et transparentes.

La question linguistique et culturelle en Mauritanie: réflexions de Mr. Amadou Alpha Bah (1)

Déjà traduit en : Français

Je livre ici in extenso les réflexions d'un citoyen mauritanien sur la question linguistique, ce problème épineux de bien d'États africains. Vu la longueur du texte, je le présente en deux parties :

Elle constitue l’épine dorsale de la question nationale en Mauritanie. Elle suscite passion de part et d’autre des lignes de démarcations idéologiques et ethniques des mauritaniens. Par sa position sur la question linguistique, le mauritanien nous affirme son « camp » : celui d’une Mauritanie entièrement arabe ou à arabiser, celui d’une Mauritanie multinationale et multiculturelle, ou celui d’une Mauritanie « gangarienne » nostalgique d’un passé dont les fouilles accouchent avec difficulté la fierté d’une civilisation enfouie dans les décombres de l’Histoire. C’est que la langue et la culture ont de tout temps constitué les principaux attributs par lesquels les peuples déterminent leur identité et se valorisent face aux autres. C’est aussi les attributs pour lesquels l’autre est admiré, l’autre est méprisé, l’autre est accepté, l’autre est refusé. Quelqu’un disait que « la langue est l’âme d’un peuple ». L’âme, ce n’est pas seulement ce qui donne la fierté d’être et d’exister, c’est ce qui permet d’exister, c’est ce qui fait vivre. C’est pourquoi l’âme exige de tout temps respect et considération. Sans âme l’humain ne vit point, n’existe point. Ainsi, les conflits culturels et linguistiques deviennent des conflits pour l’existence, pour la vie. Le Beydane, d’origine arabe et berbère, tient aujourd’hui à son arabité face à une culture négro-africaine qui l’entoure de toutes parts et qu’il a épousée depuis des siècles. N’en déplaise aux « négationnistes », le Beydane est aujourd’hui l’addition de langues arabe et berbère à une culture négro-africaine. Ses castes, sa musique, son organisation sociale, ne relèvent en rien de l’arabité, mais d’une négritude que la Mauritanie doit apprendre à assumer. De l’autre côté, le Négro-africain, conscient de sa faiblesse institutionnelle et économique face au nationaliste Beydane qui lutte, non seulement pour un retour aux sources de l’arabité de sa composante ethnico-culturelle, mais aussi pour une assimilation culturelle et linguistique de toutes les communautés nationales, exige la reconnaissance de ses valeurs pour la survie de son âme. Au milieu, le Hartaani, ancien esclave ou nègre oublié au fond des oasis par ses parents repliés vers le sud, tient à sa spécificité. Spécificité qui n’est non seulement linguistique et culturelle, mais aussi raciale. Car, pour faire la différence, il faut faire appel à la différence. Face au Négro-africain, le Hartaani exige la reconnaissance d’une culture désormais hybride, d’une histoire désormais singulière et d’une condition sociale particulière. Face au Beydane, la couleur de la peau et la condition sociale sont mises en avant. Le Beydane doit accepter et reconnaître la FAUTE. Si on n’exige pas de lui le pardon, il doit s’engager dans la réparation qui devra constituer la reconnaissance implicite de ses tords, prélude à toute forme de réconciliation. Le Négro-africain est prié de ne pas jouer le jeu égoïste de ses propres intérêts en voulant, au nom des liens de sang et de couleur, assimiler à sa personne les préoccupations particulières des esclaves et des anciens esclaves. Il est prié d’accepter les conséquences de l’Histoire qui a façonné une autre communauté, même si comme Hawwaa créée à partir des cotes d’Aadama, elle a été créée de sa chair et de son sang. Le Hartaani est singulier, le Hartaani se veut différent. La Mauritanie doit apprendre à en tenir compte.

L’originalité de la question mauritanienne réside dans le fait que le pays constitue le seul état au monde où blancs et noirs sont appelés à vivre ensemble, non pas de leur propre volonté, mais de celle du colonisateur. Aujourd’hui, force est de constater que les peuples, face à cette situation, ont acquis une certaine maturité dans la cohabitation. Ce qui manque, c’est la mise en service de cette maturité au service d’un idéal, pas républicain, mais humaniste. Si les émirats maures et berbères ont de tout temps coexisté avec les empires et les républiques d’Afrique noire voisines, ont noué des alliances, ont favorisé des mariages interethniques entre leurs leaders, jamais il n’a existé de projet officiel, ne serait-ce que napoléonien, de fusion de leurs états à l’image du projet français de rattachement de la rive droite du fleuve Sénégal à la colonie dite mauritanienne. Ce rattachement, même s’il a été fait dans l’injustice et le mépris des communautés noires, doit pouvoir aujourd’hui servir à la matérialisation de cet idéal humaniste. Le propre des sociétés modernes, avec toute la légitimité des préoccupations républicaines, c’est de mettre l’état, la nation, la frontière, au devant de tout, quitte à oublier l’homme, quitte à sacrifier la femme. C’est au nom de cet idéal républicain que le jacobinisme français a massacré la grande majorité des langues et cultures du territoire pour créer son état nation. C’est au nom de cet idéal aussi que les idéologues arabes baathistes ou nasséristes prônent la panarabisme. C’est au nom de cet idéal que les Kurdes sont massacrés en Irak, dominés en Turquie, ignorés en Syrie et en Iran, que les berbères sont priés de se taire en Algérie et au Maroc, que les tchetchènes sont martyrisés, que les tutsis sont tués, que le Darfour est brûlé et que les négro-mauritaniens sont déportés. Pour une fois, nous, mauritaniens, pourrons arriver à mettre l’humain au devant. A savoir que ce n’est ni la république, ni l’état, ni la nation qui créent notre volonté de vivre en commun, mais que c’est d’abord nous, en tant qu’humains, qui sommes le moteur de l’état, de la république, de la nation, et de notre volonté de cohabitation dans l’harmonie, la paix, la justice et l’égalité. L’humanisme c’est par rapport à l’autre. C’est cette posture et cette capacité à accepter l’autre comme étant moi. C’est cette capacité à voir la couleur de l’autre comme non pas la couleur d’une race, mais une couleur de l’humain. C’est cette posture du donner et du recevoir, comme le disait Khrisnamurti. C’est le fait d’accepter que ce qui lui appartient est à moi, et que ce qui me revient est à lui. Cette vision de la vie n’est assimilable ni au jacobinisme réducteur et assassin, ni au multiculturalisme diviseur et égoïste. Depuis mai 1968, les élites dites révolutionnaires de gauche, n’ont trouvé comme paravent face à la politique assimilationniste de la France que le droit à la différence. Malheureusement, ce droit à la différence a tout de suite été interprété comme un projet, un devoir, une obligation à la différence. En Mauritanie, l’opposition Noire (négro-africaine et haratine) a revendiqué la différence culturelle et/ou linguistique. Ce qu’on ne voit pas, c’est que le multiculturalisme, s’il peut être revendiqué, n’est pas un projet en soi, il est un fait. On peut tout au plus revendiquer son respect. Et encore. Il n’existe nulle part dans le monde un état monolingue ou monoculturel. Le multiculturalisme et le droit à la différence étaient des préoccupations de minorités occidentales face aux républiques « culturivores » qui ravageaient tout sur leur passage. En Afrique, la langue dominante était encore celle du colon. C’est pourquoi il nous semblait prématuré de parler de droit à la différence là où il n’y avait encore droit à l’existence pour aucune langue du pays. Les gauchistes africains ne l’avaient pas encore compris. Et cet état d’esprit fait encore des ravages dans de nombreux pays comme le Sénégal où le combat des minorités est plus dirigé contre le wolof que contre le français dont la position de langue officielle et d’éducation est plus qu’illégitime, inappropriée, et inacceptable. Cheikh Anta Diop était l’un des rares intellectuels africains à avoir compris cette situation en revendiquant l’éducation, l’administration et la formation dans les langues africaines. Il était le seul intellectuel qui liait indépendance politique et indépendance culturelle. Mais nous remarquerons que lui aussi était tombé dans le piège de l’idéal républicain jacobiniste. En proposant la wolofisation de la société sénégalaise, Cheikh Anta n’allait encore que creuser plus profondément la blessure des inégalités ethniques et culturelles qui polluent le paysage sénégalais. En Mauritanie, la situation peut sembler un peu différente. Depuis la colonisation, l’arabe résiste tant soit peu face au français. Mais l’arabe n’est jamais arrivé à supplanter le français à l’image de certains pays comme la Libye ou les pays du Golfe. C’est pourquoi le droit à la différence comme crédo politique peut sembler prématuré voire insensé pour certaines couches de la population. Mais si l’intellectuel ou l’opposant Noir revendique ce droit, c’est par conscience du projet des Nationalistes Beydanes qui voudrait, non seulement une Mauritanie débarrassée de la tutelle de la langue française, ce qui est légitime en soi, mais aussi et surtout une Mauritanie entièrement arabisée. Ce qui diviserait les Nationalistes arabes, ce n’est pas le projet en soi, mais les stratégies et les moyens à mettre en œuvre pour arriver à ses fins. Si pour les Nassériens l’assimilation à la française est légitimée par le fait que tous les mauritaniens sont musulmans, les Baathistes eux, prônent la solution radicale d’une purge par déportations voire d’un holocauste « humanisé ». C’est ce qu’ils ont tenté de mettre en œuvre depuis le conflit de 1989 en massacrant et en déportant des centaines de milliers de Noirs vers le Mali et le Sénégal, en purgeant l’armée par des massacres injustifiés, et en procédant à des licenciements massifs de l’armée, de la police, de la garde nationale, de la fonction publique et des sociétés d’état.

Le droit à la différence a eu comme effet de creuser le fossé entre l’intellectuel opposant Noir et sa base populaire. Même si la guerre civile de 1966 et le manifeste des 19 ont sonné la cloche de l’alerte, la base populaire mauritanienne à l’instar d’ailleurs de beaucoup de cadres, n’a véritablement pas vu arriver le feu qui menace encore de brûler la maison. Notre combat linguistique et culturel en tant qu’opposition crédible et digne de la confiance de notre peuple est double : c’est d’abord un combat commun contre la prééminence et la domination de la langue française, et un combat pour un projet de société dans laquelle tous se reconnaîtront mauritaniens à part entière. Pour cela, il faut oser.

Le droit à la différence a eu aussi comme principale conséquence, la vision essentiellement statistique des relations interethniques en Mauritanie. Dans le Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie, démontraient à l’appui de statistiques irréfutables, comment culturellement et linguistiquement les noirs étaient dominés dans le pays. Mais cette analyse ne fait pas état de l’aspect qualitatif des relations interculturelles. Si à la radio et à la télévision nationales la visibilité d’une telle domination ne nécessite aucune étude statistique, une étude qualitative quant à elle s’impose pour le mauritanien moyen. C’est la négritude senghorienne qui louait le sens dans la culture négro-africaine en qualifiant la raison d’hellène. Encore aujourd’hui, dans une certaine élite et chez la majorité des populations africaines, le développement reste lié aux langues et cultures européennes. C’est cette conception de la langue qui est transposée dans nos quotidiens culturels, à la radio, et à la télévision. Tout ce qui est moderne, musique ou information scientifique ou politique, est donné dans la langue française. On ne peut même pas « demander un disque des auditeurs » en pulaar, wolof, ou sooninké si le morceau choisi relève de la musique moderne. On n’a le droit d’écouter Bob Marley ou Michael Jakson que si on parle et comprend français. Les informations ne sont données entièrement qu’en français et en arabe. En Pulaar par exemple, le journal parlé est presque entièrement consacré au Tagge (avis de décès) de Amadou Tidiane BAL. C’est la même situation pour le wolof et le soninké. Cette situation est justifiée par le fait que même chez l’opposition ou certains « militants » de la promotion des langues nationales, le français doit rester cette langue « d’ouverture ». Mais elle nous ouvre à quoi ? Comment peut-elle prétendre au statut de langue d’ouverture si à cause d’elle le Jaljallo qui ne comprend pas français ne sait pas que la mondialisation est entrain de l’achever à petits feux. L’ouverture, c’est la promotion d’émissions culturelles et scientifiques dans nos langues nationales. Des émissions qui permettent à nos concitoyens d’être au courant et au diapason de la marche de la modernité, des émissions qui leur permettent de connaître d’autres modes de vies, d’autres peuples, d’autres civilisations et d’autres cultures. Ceci ne peut se faire que dans leurs langues qu’ils comprennent. La langue d’ouverture, c’est notre propre langue maternelle. Il faut aussi que l’élite arrête d’insulter le peuple en donnant des discours politiques en français. La politique, c’est un choix de société. Quand on choisit un modèle de société pour des humains, le minimum de respect voudrait qu’ils comprennent ce qu’on leur propose. Par la culture, à la radio et à la télévision, on peut créer une autre société. Une société dans laquelle chacun donnera ce qu’il a aux autres. Une société dans laquelle chacun acceptera les présents des autres. Pourquoi encore les émissions en pulaar ne passent pas de la musique maure ? Pourquoi les émissions arabes ne passent pas de la musique sooninké ? Voilà le véritable problème de la construction de cette nation en devenir. On veut que chacun reste de son côté, dans son petit coin, au moment où la mondialisation culturelle court à la vitesse de la lumière. Notre seul salut réside dans l’interculturel. Il n’est ni dans le jacobinisme, ni dans le droit à la différence, encore moins dans le droit à la déportation et aux purges. Oui au « muynan am mi muynan maa », mais osons aller au de là. Le droit à la différence est légitime dans l’objectif intermédiaire de la « culture des cultures non cultivées ». C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux de l’interculturel, mais il ne peut et ne doit en aucun cas être perçu comme un projet politique. C’est une simple étape. Pour une véritable politique interculturelle, il faut une égalité des cultures en présence. C’est en ce sens que le développement des cultures dominées demeure un préalable fondamental. C’est en ce sens aussi que la reconnaissance mutuelle est une condition sine qua non. C’est pourquoi la situation culturelle et linguistique mauritanienne peut nécessiter une discrimination positive, qui ne doit pas être perçue comme un objectif en soi, mais comme un préalable à l’égalité des chances de nos langues et de nos valeurs.

27 août 1977 : devoir de mémoire

Déjà traduit en : Français, Fulfulde
27 08 2009
Pays :
GUINEA

Il y a 32 ans que la population guinéenne, avec les femmes à l’avant-garde, s’était soulevée pour la première fois contre les exactions du régime du PDG (Parti Démocratique de Guinée du Président Sékou Touré).

Dans cette situation de crise politique que traverse le pays de nos jours, l’évènement passe presque inaperçu, aucun média guinéen ne semble s’y intéresser. En fait, depuis les dernières années du régime Conté, le 27 aoút n’est plus une grande fête, le pouvoir a pris ses distances. Et pourtant cette date avait été sacrée fête nationale des femmes par le CMRN, la junte militaire qui prit le pouvoir après la mort de Sékou Touré en 1984, remplaçant ainsi la date du 9 février qui était la fête officielle des femmes sous le régime défunt. Il n’y a que l’Association des Victimes du Camp Boiro (AVCC) qui mène la lutte contre l’oubli, contre vents et marées. Lire leur déclaration sous ce lien : http://www.guineenews.org/articles/article.asp?num=200982520303

Le 9 février 1955 mourait à Tondon (préfecture de Dubréka en Basse-Guinée) Mbalia Camara dans des conditions non encore élucidées. Il s’agissait probablement d’un soulèvement contre le système colonial qui vivait ses dernières années mais le rôle de Mbalia Camara est controversé. De l’avis de certains doyens de la localité contactés sur place par un ami dans les années 80, elle était une pauvre paysanne soussou qui ne comprenait rien à la politique et dont le seul tord avait été d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Elle sera mortellement fauchée par une balle. Le PDG en fera une héroïne du peuple « lâchement assassinée par les suppôts du colonialisme français ». Aux historiens de chercher la vérité. Toujours est-il qu’après l’indépendance, le 9 février deviendra la fête nationale de la femme guinéenne.

En 1977, les Guinéens suffoquaient sous le quadrillage de tout le pays par les diverses polices du régime. Une d’entre elles, la Police Économique (PE) semait la terreur dans les marchés et même dans les rues. Il suffisait des fois d’être surpris portant une montre d’une certaine valeur ou une simple radio transistor pour être interpellé. La Police Économique harcelait impitoyablement les commerçants. Abus et exactions étaient courantes. Beaucoup de familles ne mangeaient plus à leur faim alors que le régime les abreuvait matin et soir de discours creux. En ce 27 août 1977 éclate une altercation entre une vendeuse et un policier au Marché Madina, l’un des plus grands marchés de la capitale. L’altercation dégénère en révolte, de plus en plus de manifestants, surtout des femmes, se joignant au mouvement. Des symboles de l’État, comme les commissariats de police, sont mis à sac, des policiers molestés par la population. Dans les rues, des femmes scandent des slogans hostiles au Président Sékou Touré comme « Président, vous avez violé le contrat conclu avec votre peuple en 1958 (année de l’indépendance) ! » en langue soussou. Le président convoque un meeting au Palais du Peuple pour le lendemain, espérant calmer la fronde une fois de plus par un des ces discours enflammés dont il avait le secret. Mais cette fois-ci le stratagème ne marche pas. Il est hué par les femmes mais, habile tacticien, Sékou Touré se ressaisit après un premier choc et annonce la suppression de la Police Économique. Du coup, cette dernière devient le bouc émissaire pour tous les errements économiques du régime dans le discours officiel.

Le pouvoir de Sékou Touré fut ébranlé mais ne s’écroula pas. Cependant l’étau se desserrera peu à peu à partir de cette date. Une timide libéralisation économique sera amorcée. Pour les femmes et pour toute la population de Guinée, ce fut une grande victoire contre le totalitarisme qui mérite d’être célébrée.

Réaction de la Société Civile au projet de confiscation du pouvoir par le chef de la junte guinéenne

Déjà traduit en : Français
26 08 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
cndd, elections

Le Forum des Forces Vives de Guinée (FFVG)

- Rappelant les engagements du président du Conseil National pour le Développement et la Démocratie (CNDD) dans sa déclaration de prise de pouvoir suivant lesquels ni lui ni aucun autre membre du CNDD et du gouvernement ne seront candidat aux prochaines élections nationales, engagement sur la base desquels les Forces Vives avaient apporté leur soutien pour une gestion consensuelle et apaisée de la transition ;

- Ayant suivi avec une attention soutenue la conférence de presse du Président du CNDD du 19 Août 2009 ;

- Exprimant sa vive préoccupation face à la polarisation de toutes les activités du CNDD et du gouvernement sur la candidature du Capitaine Moussa Dadis Camara ;

- Déplorant la monopolisation des médias d'Etat et l'usage abusif des fonds publics à des fins de manipulations et de propagande en vue de promouvoir et soutenir la candidature du Capitaine Moussa Dadis Camara ;

- Déplorant le contenu du communiqué du gouvernement en date du 22 Août 2009 évoquant le droit de tous les membres du CNDD et du gouvernement à se présenter aux prochaines consultations électorales ;

- Considérant que la candidature des membres du CNDD et de son président, ainsi que celle des membres du gouvernement compromettrait la transparence, la crédibilité et l'équité des élections ;

- Considérant la modification unilatérale de l'effectif du CNT préalablement négocié et accepté par les Forces Vives et le CNDD ;

- Dénonçant la manipulation tentée par le Capitaine Moussa Dadis Camara sur la non prise en compte de la commission nationale d'enquête dans le chronogramme proposé par les Forces Vives et accepté par le CNDD ;

Le Forum des Forces Vives de Guinée

S'oppose fermement à toute candidature des membres du CNDD et de son président ainsi que celle des membres du gouvernement à la prochaine élection présidentielle ;

Rejette catégoriquement l'ordonnance portant création du CNT dans sa composition actuelle ;

Exige la réactivation immédiate de la commission nationale d'enquête sur les tueries de juin 2006 et de janvier – février 2007 ;

Dénonce avec vigueur la militarisation à outrance de l'appareil de l'Etat et la persistance inacceptable d'un climat d'insécurité généralisée ;

Réaffirme que seuls le retour à un ordre constitutionnel et le respect des libertés fondamentales permettront l'instauration d'un Etat de droit seul gage du maintien de la paix et de la promotion d'un développement durable du pays ;

Appelle à la mobilisation générale de tout le peuple de Guinée pour s'opposer énergiquement à toute vélléité de confiscation du pouvoir par le CNDD et son président.

Conakry le 23 août 2009

Le Forum des Forces Vives de Guinée

L'hypocrisie de l'Union Africaine

Déjà traduit en : Français
22 08 2009
Pays :
GUINEA

La Guinée risque sérieusement de faire les frais de l’hypocrisie de l’Union Africaine. En effet, celle-ci a toléré la candidature du général putchiste mauritanien Aziz qui renversa il y a un an le premier président élu démocratiquement de ce pays. La Mauritanie fut d’abord suspendue de l’UA pour être ensuite réintégrée dans l’organisation continentale dès que le Général Aziz eut exprimé son intention de ramener le pays dans l’ordre constitutionnel. L’UA se garda de le dissuader de présenter sa candidature aux élections présidentielles de juillet dernier, au contraire de la Guinée. Le général a, comme on le sait, organisé les élections et les a bien sûr gagnées.

Maintenant le même scénario risque de se répéter en Guinée. Le Capitaine Moussa D. Camara qui préside aux destinées de la Guinée depuis ce matin du 23 décembre 2008 a implicitement admis qu’il sera candidat et n’a pas manqué de pointer le doigt sur la Mauritanie en soulignant qu’on ne devrait pas lui refuser ce qu’on a accepté de son collègue mauritanien. Et le capitaine a toutes les chances de gagner les futures élections présidentielles (fixées pour janvier 2010) car tout penche en sa faveur actuellement :

- Il a dors et déjà ouvert inofficiellement la campagne électorale alors que cette activité est toujours interdite aux partis politiques.

- Il est la vedette principale sur les médias publics alors que ses adversaires politiques n’y ont pas accès.

- Il a toutes les ressources financières de l’État à sa disposition et ne manque pas de s’en servir massivement (malgré une situation budgétaire tendue) pour s’acheter une clientèle politique sous forme de mouvements de soutien créés de toutes pièces et animés par de jeunes désœuvrés à la recherche du sou. Ces mouvements ont déjà commencé à sillonner la capitale pour prêcher la bonne parole.

- Last but not least, le capitaine ressort l’épouvantail des audits pour disqualifier ceux des leaders politiques en qui il voit des rivaux potentiels dans la course au pouvoir. Les anciens premiers ministres de Conté, engagés aujourd’hui dans l’opposition, Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG et Sidya Touré, président de l’UFR, sont particulièrement visés.

Parallèlement, le Capitaine Moussa D. Camara a nettoyé l’Armée dans une série de purges de tous les éléments qu’il estime dangereux pour son pouvoir. Donc la 3ème dictature de l’histoire guinéenne se met progressivement en place.

L’hypocrisie et l’immobilisme de l’UA risquent de créer des émules sur le continent. Déjà l’organisation continentale a brillé par son incapacité notoire à empêcher les tripatouillages constitutionnels qui ont servi à beaucoup d’autocrates africains à pérenniser leur pouvoir. Le Niger de Tandja en est le dernier exemple.

Cependant l’opposition guinéenne et la société civile (regroupées sous le nom aujourd’hui pompeux de « Forces Vives ») doivent aussi se poser des questions sur leur responsabilité dans l’impasse actuelle : d’abord elles se sont laissé piéger en acceptant le cadeau empoisonné du Comité ad hoc qui a statué que des élections ne sont pas possibles cette année, donnant ainsi au capitaine la possibilité de présenter sa candidature puisqu’il avait exclu cette dernière pour 2009 ; ensuite, depuis l’avènement du CNDD, les Forces Vives ont opté pour la tactique « éviter par tous les moyens le conflit ou l’affrontement avec les nouveaux dirigeants ». Une dirigeante syndicale jadis acclamée poussera la servilité jusqu’à qualifier le président illégal de « Père de la Nation ». Quand le capitaine accuse, insulte, ment, humilie, emprisonne, les Forces Vives se murent dans leur silence. Cette politique de l’autruche n’est pas payante car elle encourage l’apprenti-dictateur à aller plus loin. Les magistrats ont prouvé lors de leur grève contre les structures judiciaires parallèles instaurées par le CNDD que le Capitaine Moussa D. Camara sait reculer face à la résistance. Si l’opposition ne se décide pas à croiser le fer avec le CNDD pour que les militaires retournent définitivement dans leurs casernes, une nouvelle crise aux conséquences incalculables menace la Guinée.

DIVERSITE LINGUISTIQUE ET SYSTEME SCOLAIRE (Réflexions de Mr. Samba Diouldé Thiam)

Déjà traduit en : Français
19 08 2009
Pays :
AFRICA
Catégories :
education, plurilinguisme

J’aimerais livrer aux lecteurs de Maneno ces réflexions de Mr. Samba Diouldé Thiam, député au Parlement sénégalais sur le problème du pluralisme linguistique et de l’enseignement au Sénégal et en Afrique Subsaharienne en général:

Le Sénégal est un pays de diversités ethnoculturelles, linguistiques et religieuses. C’est un truisme de le dire, le fait étant consigné dans la Constitution.

De l’indépendance à ce jour, l’introduction des langues nationales dans le système scolaire n’a pas démarré et ne semble pas à l’ordre du jour.

D’ailleurs il n’existe pas de véritable projet politique à ce sujet, toutes forces politiques confondues et tous présidents de la Républiques confondus.

Apparemment la question serait explosive et personne n’ose exprimer publiquement une réflexion quelque peu structurée à ce sujet.

Mêmes les citoyens et les organisations de la société civile semblent effrayés par l’évocation de la question.

Les « Assises » viennent de livrer leurs cogitations pour refonder le pays. Je n’ai pas connaissance qu’elles aient abordé la question. Si cela s’avérait exact, ce serait l’illustration la plus flagrante de l’immense consensus du silence qui entoure la question et l’enferme dans une véritable chape de béton.

Nous nous comportons comme des autruches face au danger : nous enfouissons la tête dans le sable.

A la vérité, il faut reconnaître que la question est extrêmement dangereuse si elle est abordée sans vision et sans précautions et compétences. D’où sa sensibilité.

Les gens ne semblent savoir par quel bout entreprendre le déminage du terrain que constituerait la jungle de la pluralité linguistique sénégalaise et en Afrique.

C’est cette impuissance née de l’ignorance et de la préférence dogmatique qui nous a installés dans la peur et l’immobilisme pendant prés d’un demi-siècle.

Le pluralisme linguistique est inscrit dans la durée.

Les communautés linguistiques, ethnoculturelles et religieuses ne convergeront pas de sitôt vers une communauté homogène. Elles ne s’exileront pas parce qu’il n y’a pas où aller. Elles devront coexister dans l’affrontement, la douleur ou l’harmonie.

Spéculer que le temps simplifiera la configuration linguistique dans le sens de l’unilinguisme est une erreur tragique. Attendre ce qui n’adviendra pas continuera de porter un préjudice immense à la politique éducative et culturelle du pays.

Comment se fait-il que des pays de diversités, presque partout en Afrique, continuent à se gérer comme des pays d’uniformité linguistique, sans succès d’ailleurs?

Senghor disait que si l’on ne sait pas où l’on va, on doit revenir sur ses pas. Sans avoir besoin de perdre du temps et de l’énergie à revenir sur ses pas, il convient de changer radicalement de direction.

La conclusion coule de source : conserver le statu quo qui maintient les langues nationales hors du système éducatif, ce qui est contre productif à tous les points de vue, ou sortir de ce statu quo.

Il est obligatoire et urgent d’en sortir. On n’en sort que deux façons : imposer une langue dans le système éducatif ou opter pour le pluralisme linguistique.

L’imposition d’une langue autre que le français comportant trop de dangers pour l’unité du pays dans le court comme dans le long terme, il convient de ne pas l’envisager.

Si cette voie était praticable, pourquoi n’a-t-elle pas été empruntée ?

On peut rétorquer que l’imposition n’a pas été tentée et qu’on peut essayer de l’entreprendre.

S’engager maintenant dans une telle aventure, pour tester l’hypothèse, aura raison du pays. Ce qui est le comble de l’absurdité et de l’aveuglement idéologique.

L’enfermement dans l’inactivité et dans l’impuissance vient de ce que l’approche de la question des langues nationales dans le système éducatif fut erronée de bout en bout.

D’abord, l’étude et l’introduction des langues nationales fut pensée en termes d’opposition au français comme unique langue d’enseignement.

Des esprits déterminés envisagèrent et menèrent le combat de la supplantation du français par une langue nationale, le wolof en l’occurrence. Bataille perdue à ce jour.

La vérité commande de reconnaître que les Français et l’Etat français ne furent pas les seuls adversaires de cette orientation chauvine. Car les autres et tous autres n’acceptaient pas le remplacement d’une domination par une autre.

Ensuite, l’insertion des langues nationales fut pensée en termes de moyens et d’outils de renforcement de la maîtrise du français. C’est la concession faite par la France et la Francophonie face à l’énorme poussée des langues dites autochtones.

Cette orientation ne pouvait mener loin, parce qu’elle continue de tourner le dos à la question fondamentale et incontournable du statut des langues nationales comme langues d’enseignement.

Le monolinguisme (français en l’espèce) du système éducatif sénégalais a atteint ses limites. Il continuera de coûter trop cher, et le rapport coût-résultat n’ira qu’en se dégradant.

Est-il surprenant que malgré les 40% du budget national le système soit en crise, et ce depuis plus de trois décennies ? Le sauvetage de l’année scolaire n’y change rien.

Face à l’échec patent du monolinguisme, il ne reste que le pluralisme, pour faire entrer nos langues dans le système éducatif, améliorer la qualité et l’efficacité du système, rationaliser son financement et ses dépenses, amorcer la résolution de la crise générale dans laquelle l’Ecole est installée.

Cette option sortira la question du recours aux langues nationales comme langues d’enseignement des préoccupations politiques et idéologiques pour en faire une question technique, d’organisation et de moyens.

La question des moyens, quelle que soit son importance, est seconde par rapport aux orientations de fond qui découlent d’une volonté politique, lucide, informée et audacieuse.

Il reste la question technique et d’organisation.

Elle est à soumettre aux linguistes et aux pédagogues avant la validation par les instances politiques habilitées.

Bien sûr, le débat public est incontournable. Il sera d’autant plus productif et serein qu’il ne comportera plus d’enjeux hégémoniques ou de relégation de quelque langue que ce soit.

Le pluriel et le pluralisme commençant à partir de deux, pour avancer, il convient de distinguer le pluralisme de base qui concerne nos langues nationales du pluralisme général dans lequel la place du français sera définie.

De là découle la proposition que je mets en débat.

1. S’agissant du pluralisme de base,

• Retenons que deux langues nationales au moins seront enseignées obligatoirement dans tout notre système éducatif.

• Décidons d’enseigner le wolof sur l’ensemble du territoire national.

• Décidons qu’une autre langue, variable selon l’aire géographique, formera un package avec le wolof.

2. Il reste à faire un sort au français, dans le cadre du pluralisme général. La langue française fait partie de notre patrimoine historique, par delà l’imposition, les meurtres, les violences de toutes sortes, les humiliations, les douleurs, les blessures et les récriminations. Il y a des patrimoines que l’on ne peut pas ignorer, ni détruire. Celui-là en fait partie. Le français, cessant d’être langue d’enseignement unique comme aujourd’hui, continuera d’être enseigné à la suite d’un redéploiement pertinent.

Ce qui est préconisé ci-dessus ne posera aucun problème à la majorité des enfants sénégalais, y compris aux très jeunes locuteurs wolofs.

Les familles seront au cœur du pluralisme linguistique, par la transmission de la langue maternelle, la langue parlée à l’enfant à la maison, qui peut ne pas être celle (s) des parents. C’est au sein des familles que vont s’élaborer les premières stratégies du bilinguisme par le choix libre et souverain de chaque famille, que l’école complétera.

Les adultes éprouveront des difficultés psychologiques et affectives. De là viendront peut-être des résistances ou des réticences, qu’il faudra accompagner.

Dans ma propre communauté ethno linguistique comme dans les autres, les ultras me reprocheront ma proposition que le wolof soit enseigné obligatoirement partout au Sénégal.

Je comprends ce reproche. J’ai pris le risque et la responsabilité de faire s’entrechoquer pacifiquement les sentiments, les passions, les préjugés et les savoirs pertinents qui font autorité, pour le triomphe en dernier ressort de la raison et de l’intérêt de l’ensemble des Sénégalais.

On ne peut pas faire moins pour le wolof si l’on veut introduire les langues dans notre système d’enseignement, étant entendu que l’on ne peut pas faire plus.

Sans cette décision, acceptée par tous les Sénégalais, nos langues n’entreront pas dans notre système éducatif dans un temps raisonnablement prévisible.

La condition d’une telle acceptabilité se trouve dans la proposition d’enseigner obligatoirement à chaque Sénégalais entré dans le système scolaire deux langues nationales, dont le wolof.

L’apprentissage de et dans deux langues nationales sera une véritable révolution mentale et comportementale qui bouleversera la conception jusque là mise en œuvre de l’édification de l’Etat et de la Nation.

Comme le savent tous les spécialistes en la matière, les avantages d’un bilinguisme (trilinguisme) bien conduits sont supérieurs à ceux du monolinguisme.

Ce n’est pas ici le lieu de développer en détail ces avantages.

Cependant on retiendra que le plurilinguisme renforcera la connaissance mutuelle des Sénégalais. S’il y a connaissance mutuelle, il y aura renforcement du respect mutuel et de l’unité nationale. Donc tout le monde gagne parce que le pays gagne, sans que la francophonie en pâtisse, au contraire.

En 2010 le Sénégal fêtera le cinquantenaire de son indépendance.

Au cours de cette période, des avancées importantes ont été faites dans les domaines culturels et artistiques. Des tentatives en alphabétisation ont été déroulées.

Cependant tout le monde comprend que nous continuons de vivre sous l’empire et l’emprise de l’oralité.

Ne convient-il pas de faire entrer les arts et les cultures de ceux qui ne s’expriment pas en français ou en arabe dans l’ère de l’écriture et, de la sorte, révéler un immense potentiel de talents et de créations dans l’ensemble des composantes du pays ?

Avec les présidents SENGHOR et DIOUF, les langues nationales sont restées hors du système éducatif.

Voilà bientôt dix ans que nous sommes avec le président WADE. Il n’a pas, lui non plus, fait entrer nos langues dans le système éducatif.

Ne risque-t-il pas, quelle que soit la durée de sa présence à la tête de l’Etat, de partir sans régler cette question cruciale pour notre présent et notre avenir?

C’est à croire qu’une malédiction certaine pèse sur le pays et sur les leaders nationaux parmi les plus éminents et les plus illustres.

Le recours aux langues du pays dans l’enseignement est une question très complexe sans doute. Ce chantier durera des décennies, à condition de l’entamer avec hardiesse et sans tard, en prenant les bonnes décisions.

Les pays qui avancent et conquièrent leur futur, sans négliger leur présent, sont ceux qui pensent et mettent en perspective les complexités.

Sans perspective, il n’y a pas de durabilité dynamique dans le développement socio économique et culturel, ce qui rend difficile par ailleurs les ajustements conjoncturels ou structurels.

Le temps est venu de débattre et d’introduire nos langues dans l’enseignent, non pas comme des curiosités, mais bien comme des outils, des moyens et des contenants d’éducation et d’apprentissage.

Le succès en la matière inspirera les différents Etats africains et facilitera les intégrations sous régionales. Ces intégrations réussies mèneront plus facilement vers l’union africaine.

Nous avons donc rendez-vous avec l’histoire et le panafricanisme.

Prenons garde cependant de ruser avec le destin du pays, par l’acceptation du principe du trilinguisme pour ensuite, prétendument pour des raisons de moyens et de calendrier, instaurer un monolinguisme de base. Ce serait la voie d’une tragédie certaine et redoutable.

Violations des Droits de l’Homme en Guinée

Déjà traduit en : Français
11 08 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
armee, droits de lhomme, guinee

Dans son dernier rapport sur la Guinée, l’organisation Amnesty International déplore les nombreuses arrestations extra-judiciaires de militaires (voir le rapport (en anglais, français et espagnol) sous ce lien : http://www.amnesty.org/en/region/guinea

Déjà, il y a deux mois environ, Human Rights Watch faisait le même constat. Les militaires en question sont réputés proches du régime du président défunt, le Général Lansana Conté, mort en décembre 2008, après 24 ans de règne. Une junte militaire sous la direction du Capitaine Moussa Dadis Camara s’était emparé du pouvoir aprés la disparition du vieux président. Une autre vague d’arrestations avait eu lieu en avril dernier, après une prétendue tentative de coup d’État contre le régime actuel.

Mais les arrestations extrajudiciaires ne concernent pas seulement les militaires. Un grand nombre de civils en sont aussi victimes. En fait, le Capitaine Dadis, lle président autoproclamé, cumule tous les pouvoirs : législatif, judiciaire et excécutif. Il peut arrêter et libérer qui il veut et n’a de compte à rendre à personne. Ce qui est commun à toutes ces arrestations, elles ne sont pratiquement jamais suivies d’inculpation, à plus forte raison de procès en bonne et dûe forme. Même les présumés coupables du narco-trafic (le pays était devenu sous le régime du Général Lansana Conté une plaque tournante du narco-trafic international) attendent toujours leur procès.

À part cela, de graves violations des Droits de l’Homme sont régulièrement commises par des militaires (ou parfois des malfrats en uniforme, la distinction n’est pas toujours facile) sur de simples citoyens et restent en règle générale impunies. Une des dernières victimes était même un diplomate : l’ambassadeur du Ghana. La classe politique, qui espère se débarrasser de l’encombrant capitaine après des élections programmées pour la fin de cette année, garde le silence, pour ne pas l’offusquer et le pousser à revenir sur sa décision de ne pas présenter sa candidature.

Guinée : graves menaces pour l’équilibre écologique

Déjà traduit en : Français, Fulfulde
03 08 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
ecologie, environnement, pollution

Récemment, les médias guinéens ont rapporté une catastrophe écologique qui touche le Konkouré, un des grands fleuves que compte le pays : plusieurs tonnes de soude caustique provenant de la production de l’alumine se déverseraient dans le fleuve. Il faudrait rappeler que la bauxite est la matière première qui entre dans la fabrication de l’alumine puis du produit fini, l’aluminium et que la Guinée en est l’un des plus grands producteurs mondiaux. C’est une société française, Pechiney, qui construisit la première usine d’alumine à Fria, ville située à environ 150 Km de Conakry la capitale et riveraine du Konkouré. Dans les années 80, l’usine sera reprise par une société russe, Russky Alyumini plus connue en Guinée sous ses initiales Rusal.

Il est étonnant qu’au 21ème siècle où la sensibilité pour les problèmes écologiques est si grande un tel laisser-aller aussi bien des autorités guinéennes que des sociétés minières soit possible.

La richesse du sous-sol guinéen a jusque là été plutôt une malédiction pour ce pays. Par exemple, les régions dans lesquelles opèrent les sociétés étrangères qui exploitent la bauxite, l’or, le diamant etc. frappent par leur pauvreté. À cela s’ajoute une pollution de l’environnement qui atteint des proportions inquiétantes pour la flore, la faune et les humains.

Le Niger, un autre grand fleuve, est menacé par la pollution et l’ignorance ou l’insouciance des riverains : ainsi, les hippopotames qu’on pouvait voir encore dans les années 80 sont en voie de disparition. Comme ils sortent du fleuve la nuit pour venir à la berge chercher leur nourriture, ils piétinent les cultures des populations qui ne voient d’autre solution que de les exterminer avec un produit toxique qu’elles jettent dans le fleuve. Les plus grands fleuves de l’ouest africain, Niger, Sénégal, Gambie pour ne citer que quelques uns prennent leur source en Guinée, ce qui vaut à ce pays l’appellation « château d’eau de l’Afrique Occidentale ». Par conséquent, une catastrophe écologique en Guinée aurait des conséquences sérieuses pour toute la sous-région.

Une autre menace dont les autorités guinéennes ne mesurent pas encore toute l’envergure : la déforestation massive. Les forets de la Basse-Guinée et de la Guinée Forestière (région du sud-est qui ne mérite presque plus ce nom) qui étaient encore intactes dans mon enfance ont pratiquement disparu ou sont en voie de l’être. La cause principale est la fabrication du charbon qui est le seul combustible domestique mais il faut ajouter aussi, surtout en Guinée Forestière, les scieries. La scierie de Nzérékoré, une société sino-guinéenne, est souvent citée comme grande dévoreuse de bois. Grâce à la complicité de gardes-forestiers souvent véreux, même les forets classées ne sont pas épargnées.