Entre janvier et février 2007, la Guinée avait traversé une période dramatique marquée par des grèves lancées par les syndicats et des manifestations exigeant un changement politique et de meilleures conditions de vie. Le régime moribond du Général Lansana Conté qui était alors près de l'effondrement avait reprimé le mouvement dans le sang, avec le soutien de cette même soldatesque qui se saisit du pouvoir le 23 décembre 2008, un jour après la disparition du vieux président. Voilà la déclaration du Mouvement Social Guinéen à ce sujet :
Le peuple de Guinée a vécu, le lundi 22 Janvier 2007, il y a de cela trois ans jour pour jour, une barbarie sans commune mesure perpétrée par des éléments en uniforme de la garde présidentielle.
D’innocentes personnes furent tuées, des jeunes et des femmes mutilés à vie, des responsables et militants syndicaux arrêtés, maltraités et emprisonnés, bref des violences furent commises sur toute l’étendue du territoire national.
Souvenons-nous de ce lundi noir 22 janvier 2007, qui nous rappelle ces autres journées noires que sont le lundi 12 Juin 2006, celui du 28 Septembre 2009 au Stade du même nom.
Les responsables des centrales syndicales, de la société civile et des religieux, compatissent à cette tragédie et s’en souviendront pour toujours.
Il convient de noter que pendant ces douloureux événements, la communauté nationale, Africaine et internationale s’est fortement mobilisée pour soutenir le Mouvement Social dans sa lutte pour l’avènement d’une véritable démocratie en Guinée.
A l’occasion de la célébration de cette journée mémorable, le Mouvement Social Guinéen exprime sa reconnaissance à l’endroit de tous ceux qui ont apporté leurs soutiens matériels et financiers à l’endroit des victimes de cette tragédie.
Pour marquer l’événement, le Mouvement Social Guinéen organisera des prières de compassion et de recueillement pour le repos de ces illustres martyrs.
Le Mouvement Social Guinéen se souviendra toujours de ces martyrs, car grâce au sacrifice de leur vie, le peuple de Guinée s’achemine vers l’amorce d’une véritable démocratie.
Le Mouvement Social Guinéen appelle l’ensemble de ces structures à resserrer les rangs et à rester toujours mobilisées pour que ce genre de tragédies ne se répète plus jamais.
Fait à Conakry, le 21 Janvier 2010
Mouvement Social Guinéen
Le terrible séisme qui a frappé ce malheureux pays des Caraïbes mobilise la solidarité internationale. Pendant que l’Europe et l’Amérique prennent le devant de la scène sur le plan de l’aide et de la couverture médiatique, on se demande ce que fait l’Afrique, continent certes pauvre et se débattant avec ses propres problèmes mais quand même terre d’origine de la majorité de la population haïtienne; les esclaves qui ont été amenés de force dans la partie ouest de l’ile Hispaniola qui allait devenir plus tard Haïti proviennent principalement de l’Afrique de l’Ouest, les habitants de la République Dominicaine située à l’est de l’ile étant eux, quoique d’origine africaine aussi, un peu plus métissés.
Haïti a un très fort lien avec l’Afrique sur le plan des arts, de la musique et de la religion. Il suffit d’écouter la musique de Coupé Cloué pour se rendre compte de la similitude avec les sons et rythmes du continent.
Heureusement quelques pays africains sauvent l’honneur en apportant leurs modestes moyens. C’est ainsi que la Guinée Équatoriale a mobilisé 1,38 millions de dollars, le Sénégal 250 millions de Francs CFA, le Gabon s’apprête à emboiter le pas.
Mr. Edem Kodjo, Togolais et ex-secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (prédésesseur de l'actuelle Union Africaine) a dit dans une interview accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique : « Haïti peut-être considérée comme la sixième sous-région africaine. Il faut donc qu'il y ait davantage de solidarité. L'Afrique n'est pas riche, mais elle a les moyens de venir à son secours. Les haïtiens doivent ressentir cette solidarité concrètement. Ali Bongo Ondimba, le président gabonais, a annoncé une aide de 1 million de dollars. Chaque Etat africain peut et doit faire quelque chose. Certains pourraient même se montrer généreux : je pense aux Etats pétroliers, qui sont en mesure d'aider nos frères. Lorsque j'étais secrétaire général de l'OUA, je connaissais la plupart des dirigeants haïtiens, qui, pour beaucoup, avaient servi dans nos pays respectifs comme assistants techniques des Nations unies. Cette proximité entre les hommes, les cultures et les aspirations fonde un contrat de solidarité. ›
Le président Abdoulaye Wade, jamais à court d’idées originales, va même plus loin : il offre une partie du Sénégal aux Haïtiens qui désireraient retourner dans la terre des ancêtres, selon le même hebdomadaire : « Le président sénégalais souhaite favoriser le "retour" des Haïtiens en Afrique. Il s'est déclaré prêt à mettre une partie du Sénégal à la disposition de ceux qui souhaiteraient s'y installer.»
Même si chez Gorgui on ne sait pas souvent la limite entre le sérieux et la blague, d’autant plus qu’il ne précise pas s’il existe encore une région non habitée au Sénégal, le message est le même : nous ne vous oublions pas nous aussi.
Bravo aussi à l’Afrique du Sud qui est déjà sur le terrain.
Le Maroc a expulsé en douceur Moussa Dadis Camara, chef de la junte guinéenne grièvement blessé par son aide de camp Aboubacar Diakité alias « Toumba », vers le Burkina Faso après plus d'un mois de traitement. La réapparition sur scène du bouillant capitaine, connu pour son instabilité psychique et ses écarts de language, et qui a mis son pays au bord de la guerre civile n'arrange personne, à part quelques inconditionnels qui le soutiennent soit par allégeance ethnique soit par intérêt économique. Le Général Sékouba Konaté semblait être un moindre mal. Il n'a pas l'air d'avoir des ambitions politiques, est beaucoup plus pondéré et moins bavard que Dadis.
Les Forces Vives (regroupement de la société civile et des partis politiques) risquent d'être prises au dépourvu si elles ne se dépêchent pas car une course semble désormais engagée entre l'aile dure du CNDD qui veut coûte que coûte ramener Dadis à Conakry et le réinstaller sur le fauteuil présidentiel et l'aile réaliste qui connait tous les risques d'un retour de leur chef au pouvoir : isolation de la Guinée sur le plan international, gel de toute aide et coopération, polarisation sociale et politique avec risque de guerre civile comme avertissait justement Bernard Kouchner.
Nous apprenons que le Général Sékouba Konaté, président par interim, tient actuellement un entretien à Ouagadougou avec Compaoré, président du Burkina Faso et facilitateur de la CÉDÉAO et Moussa Dadis Camara. Comme toujours, rien ne filtre de ces entretiens, ce qui contribue à accroitre les inquiétudes. Espérons que les deux hommes réussiront à convaincre l'encombrant capitaine de continuer sa convalescence à l'étranger.
Espérons aussi que les Forces Vives s'entendent rapidement sur un premier ministre au pouvoir élargi pour démarrer une transition apaisée.
Les pressions internationales (CÉDÉAO, Union Européenne, États-Unis) seront nécessaires pour convaincre les fidèles de Dadis, encore influents dans l'Armée, notamment le capitaine Jean Claude Pivi, Ministre chargé de la Sécurité Présidentielle (un poste qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde), de collaborer.