L'Académie Africaine des Langues (abréviation : ACALAN) sise à Bamako (Mali) organise à Dakar le 11 et le 12 mars prochains un atelier de planification linguistique de sa Commission Fulfulde-Pulaar (FULCOM) au Centre Ahmadou Malick Guèye. Précisons que l'ACALAN a été mise sur pied en 2001 par l'Union Africaine sur initiative de l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré. En vue de promouvoir l'intégration régionale par les langues autochtones, elle a créé entre autres des commissions pour les langues dites "transfrontalières". En Afrique de l'Ouest le haussa, le mandingue (avec ses variantes bambara, malinké, dioula) et le fulfulde (ou pulaar) ont été retenus comme telles par l'ACALAN. Rappelons que le fulfulde concerne plus d'une quinzaine de pays.
L'atelier FULCOM, dirigée par Dr. Fary Silate Kâ, a retenu les points suivants pour cet atelier :
- L’uniformisation universelle de l’orthographe de la langue ;
- L’harmonisation et la numérisation de la terminologie
scientifique et technique moderne ;
- L’état des lieux sur les ressources dans les différents pays où la langue est parlée ;
- La problématique de la standardisation dialectale.
Pour tous renseignements, les intéressés peuvent contacter Mr. Kâ sous ces coordonnées : Portable: (221) 77 510 97 58
E-mail: ka_fary2000@yahoo.fr
L'ACALAN a un site Internet qui ne semble malheureusement pas être mis régulièrement à jour : http://www.acalan.org/
Face à des potentats qui n'ont pas encore compris que les temps ont changé et qui cherchent à se maintenir au pouvoir par tous les subterfuges, l'Union Africaine et sa petite consoeur d'Afrique de l'Ouest, la CÉDÉAO se retrouvrent régulièrement devant un terrible dilemne : le respect de la constitutionnalité et le rejet de tout changement de pouvoir inconstitutionnel, donc par coup d'État. En effet, comment réagir face à des militaires putschistes qui balaient un régime civil qui s'éternisait au pouvoir, au mépris de la volonté populaire, souvent en usant d'astuces comme les tripatouillages constitutionnels rendus possibles par la faiblesse des institutions et la servilité d'une partie de l'opinion publique ? L'exemple du Niger de ces derniers jours vient de réactualiser la question : le désormais ex-président Mamadou Tandja avait dissout le parlement et la Cour Constitutionnelle coupables d'avoir rejeté son plan de rester président à vie, provoquant ainsi une crise institutionnelle qui bloquait le pays depuis des mois. Tandja gouvernait désormais à coups de décrets, sans aucun contre-pouvoir. Le coup d'État a donc permis de débloquer la situation et les nouveaux maitres de Niamey ont déclaré : "Nous ne serons pas des Dadis, nous serons des ATT" (Amadou Toumani Touré, actuel président du Mali avait volontairement rendu le pouvoir aux civils après avoir mis fin à la dictature de Moussa Traoré dans les années 90 et est cité depuis comme une exemple à suivre).
Les Africains souhaitent, tout comme leurs institutions, que la triste page des coups d'État, ouverte déjà à l'aube des indépendances, soit définitivement tournée car à quelques rares exceptions près, les régimes militaires ont commis énormément de dégâts. De ce fait, on ne peut que saluer la condamnation du nouveau coup d`État par l'Union Africaine. Il importe d'envoyer un signe fort aux apprentis putschistes et d'insister pour qu'ils retournent le plus tôt que possible dans les casernes. Malheureusement, les coups d'État risquent de se produire chaque fois qu'un président viole la constitution et refuse de quitter le pouvoir au terme de son mandat. Accepter l'alternance démocratique démeure le seul moyen de réduire le risque d'une prise du pouvoir par la force des armes.
On serait tenté d'exiger que l'UA et la CÉDÉAO réagissent plus énergiquement dès que les présidents civils commencent à montrer des velléités de présidence à vie. Et là est le grand problème : ces institutions ne disposent pas encore de moyens de dissuation suffisants (contrairement par exemple à l'UE) et les dictateurs peuvent toujours invoquer "la volonté populaire" à l'aide de mouvements de soutien manipulés ou de partis politiques prêts à marchander leurs idéaux pour quelques postes juteux. La lutte contre les dictatures doit donc se faire avant tout dans nos pays eux-mêmes : la classe politique, les médias indépendants, l'opinion, la Société Civile, bref tout le monde doit apporter son concours. Ce n'est que sous cette condition que le soutien des institutions continentales et régionales pourra être décisif.
Le terrible séisme qui a frappé ce malheureux pays des Caraïbes mobilise la solidarité internationale. Pendant que l’Europe et l’Amérique prennent le devant de la scène sur le plan de l’aide et de la couverture médiatique, on se demande ce que fait l’Afrique, continent certes pauvre et se débattant avec ses propres problèmes mais quand même terre d’origine de la majorité de la population haïtienne; les esclaves qui ont été amenés de force dans la partie ouest de l’ile Hispaniola qui allait devenir plus tard Haïti proviennent principalement de l’Afrique de l’Ouest, les habitants de la République Dominicaine située à l’est de l’ile étant eux, quoique d’origine africaine aussi, un peu plus métissés.
Haïti a un très fort lien avec l’Afrique sur le plan des arts, de la musique et de la religion. Il suffit d’écouter la musique de Coupé Cloué pour se rendre compte de la similitude avec les sons et rythmes du continent.
Heureusement quelques pays africains sauvent l’honneur en apportant leurs modestes moyens. C’est ainsi que la Guinée Équatoriale a mobilisé 1,38 millions de dollars, le Sénégal 250 millions de Francs CFA, le Gabon s’apprête à emboiter le pas.
Mr. Edem Kodjo, Togolais et ex-secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (prédésesseur de l'actuelle Union Africaine) a dit dans une interview accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique : « Haïti peut-être considérée comme la sixième sous-région africaine. Il faut donc qu'il y ait davantage de solidarité. L'Afrique n'est pas riche, mais elle a les moyens de venir à son secours. Les haïtiens doivent ressentir cette solidarité concrètement. Ali Bongo Ondimba, le président gabonais, a annoncé une aide de 1 million de dollars. Chaque Etat africain peut et doit faire quelque chose. Certains pourraient même se montrer généreux : je pense aux Etats pétroliers, qui sont en mesure d'aider nos frères. Lorsque j'étais secrétaire général de l'OUA, je connaissais la plupart des dirigeants haïtiens, qui, pour beaucoup, avaient servi dans nos pays respectifs comme assistants techniques des Nations unies. Cette proximité entre les hommes, les cultures et les aspirations fonde un contrat de solidarité. ›
Le président Abdoulaye Wade, jamais à court d’idées originales, va même plus loin : il offre une partie du Sénégal aux Haïtiens qui désireraient retourner dans la terre des ancêtres, selon le même hebdomadaire : « Le président sénégalais souhaite favoriser le "retour" des Haïtiens en Afrique. Il s'est déclaré prêt à mettre une partie du Sénégal à la disposition de ceux qui souhaiteraient s'y installer.»
Même si chez Gorgui on ne sait pas souvent la limite entre le sérieux et la blague, d’autant plus qu’il ne précise pas s’il existe encore une région non habitée au Sénégal, le message est le même : nous ne vous oublions pas nous aussi.
Bravo aussi à l’Afrique du Sud qui est déjà sur le terrain.
Là, mon pauvre Dadis, je ne sais plus ce que je peux faire pour toi. Toi aussi ! Je t’avais dit de donner des marchés juteux aux Chinois. Tu l’as fait, mais tu aurais dû en donner d’aussi juteux aux Américains et aux Européens, EN MEME TEMPS. Je ne te l’avais pas écrit, mais tu aurais pu le comprendre tout seul tout de même ! Maintenant tu as les Américains, les Européens et la Cour Pénale Internationale sur le dos.
Je ne sais vraiment plus comment tu vas t’en sortir maintenant, mon pauvre Dadis. Ta tragédie personnelle illustre malheureusement à merveille celle de notre continent. C’est chez nous que l’on croit que le poste de président de la République peut être occupé par n’importe qui.
Aucun d’entre nous ne monterait dans un véhicule conduit par une personne qui n’a jamais touché à un volant, mais nous sommes prêts à suivre le premier soudard qui prend le pouvoir par les armes. Il est vrai que nos peuples n’arrivent jamais à distinguer entre celui qui sait conduire une voiture et celui qui n’a pas de permis de conduire, et on leur a toujours fait prendre des vessies pour des lanternes. Mais entre nous, Dadis, qu’est-ce qui, dans ton parcours, t’a fait croire que tu avais les compétences pour diriger le peuple de Guinée ? Tu avais peut-être bien observé ton prédécesseur que les Guinéens avaient surnommé Bouki, le nom de l’hyène qui dans nos contes symbolise la stupidité, et tu t’es dit un jour que si gouverner un pays, c’est passer ses journées à recevoir des gens, leur distribuer de l’argent et réprimer tous ceux qui se plaignent, tu pouvais toi aussi le faire. Et lorsque Conté est mort, le hasard a voulu que le pouvoir tombe entre tes mains. A moins que tu ne te sois mis en embuscade pour le prendre, le moment venu. Qu’il avait tant raison, Obama, lorsqu’il disait à Accra que les Etats n’ont pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. C’est parce que nos institutions n’ont aucun fondement que lorsqu’un chef d’Etat meurt, on se bat pour lui succéder, ou que le pouvoir tombe dans des mains aussi grossières que les tiennes. Dans le reportage que t’avait consacré la chaîne France 24, tu t’étais exclamé, pendant que tu étais dans ta voiture avec la journaliste : « le destin ! C’est phénoménal ! » Oui, le destin est phénoménal lorsqu’on arrive à le saisir et à l’orienter pour faire des choses positives. Tu sais, chacune de nos vies est un destin. Un destin qui, pour la plupart d’entre nous, est tracé d’avance et laisse peu de marque dans l’histoire. Un homme commence par exemple comme instituteur, passe directeur d’une école primaire, finit inspecteur de l’enseignement primaire, prend sa retraite et meurt. Et l’histoire finit par effacer toute trace de cet homme. Mais il peut arriver des évènements extraordinaires qui infléchissent le cours de ce destin. Tu étais un capitaine, pompiste de l’armée, et tu traficotais tranquillement dans ton coin sur les bons d’essence. Tu aurais pu continuer ainsi, finir colonel et prendre ta retraite avec tes trois ou quatre femmes dans une belle maison que tu aurais achetée avec le fruit de tes trafics. Mais ton destin a voulu que celui du peuple guinéen soit remis entre tes mains. Tu aurais pu avoir l’humilité de dire que la charge était trop lourde pour toi. Tu me diras que c’est facile pour moi de le dire, moi qui n’ai pour destin que d’écrire ces mots que personne n’est obligé de lire, et entre les mains de qui aucun pouvoir d’Etat ne tombera jamais. Tu auras peut-être raison. Tu aurais pu avoir la sagesse de t’en tenir à tes premières déclarations, et conduire tranquillement la transition jusqu’à ce que ton peuple élise un nouveau président. Tu serais alors entré dans l’histoire de ton pays par la grande porte. Tu n’as malheureusement pas su tirer de leçon de ce qui est arrivé à Robert Guéï en Côte d’Ivoire. Et tu as décidé d’endosser le costume de président qui, à l’évidence, était trop large pour toi. Et le pouvoir t’a rendu fou. Je dirai à ta décharge que tu n’es pas le seul dans la région à avoir endossé un costume présidentiel trop grand, pour le plus grand malheur de millions de personnes. Je sais que tu diras que ce qui t’arrive est injuste, que tu n’es pas le seul à avoir fait tirer sur des manifestants, qu’il y en a qui ont créé des escadrons de la mort, qui ont tué des gendarmes aux mains nues et leurs enfants, qui ont enfermé des hommes dans des containers exposés au soleil jusqu’à ce que mort s’en suive, qui ont violé des femmes et pillé des régions entières. Je sais tout cela. Mais c’est le destin, Dadis. Le destin. Qui peut dire qu’il le maîtrise totalement ? Qui sait comment cela se terminera pour ceux-là ? Tu sais, la justice des Blancs est parfois lente, mais jamais amnésique. Tu as vu ce qui arrive à Roman Polanski ? On vient de l’arrêter pour une histoire de relation sexuelle avec une mineure, 33 ans après. Tu ne sais pas qui c’est ? C’est vrai qu’il n’y a pas d’électricité, donc pas de cinéma à Conakry. Et l’affaire Ben Barka qui revient à la surface plus de 40 ans après ! Tu ne sais pas non plus qui c’est ? Là, tu exagères un peu. Et avec ça tu voulais diriger un pays ! Mais ce n’est pas grave. Ce qui te reste à faire, mon pauvre Dadis, c’est de renoncer à être candidat, et de demander pardon au peuple guinéen. Dis- lui que tu n’as pas voulu que les choses se passent ainsi, que tu as été piégé, que tu sanctionneras ceux qui ont commis ce crime. Verse quelques larmes de repentir. Va voir les chefs religieux, les chefs de village. Qui sait ? Le peuple te pardonnera peut-être et te laissera conduire la transition jusqu’à son terme. Moi, je vais être obligé de faire comme tes ministres et conseillers. Je vais te quitter pour que tu ne m’entraînes pas dans ta chute. Mais je te promets que si tes marabouts et féticheurs arrivent à sauver ta tête, je serai à nouveau à tes côtés.
Par Venance Konan (écrivain ivoirien)
Voir aussi l’interview de l’écrivain avec RFI : http://www.dailymotion.com/video/xaw2xs_venance-konan-invite-afrique-sur-rf_news
Je me permets d’ajouter mon grain de sel dans cette discussion (réponse de Subsaharska ici). Le retard économique d’un grand nombre de pays d’Afrique dite francophone est á mon humble avis difficilement explicable par l’éthique protestante que certains sociologues comme l’Allemand Max Weber ont avancée pour justifier le développement du capitalisme dans le monde anglo-saxon généralement protestant. La période de la colonisation a été trop courte (moins d’un siècle généralement) pour laisser un impact aussi profond. Quand on compare les pays africains, qu’ils soient d’expression française ou anglaise, ce qui saute à l’oeil, c’est l’impact de la bonne gouvernance. Là où elle est respectée, les pays s’en tirent relativement bien. Par exemple le Ghana, pays anglophone, a connu après la chute de Nkrumah (1966) une longue période d’instabilité avec un État pris en otage par des officiers incompétents, corrompus et prédateurs. Ce pays était donc beaucoup moins développé que par exemple la Côte d’Ivoire voisine, pays francophone. Grâce aux actions de Jerry Rawlings qui a mis hors d’état de nuire les cliques militaires, le Ghana a retrouvé le chemin de la démocratie et de la bonne gouvernance et se développe mieux que le voisin ivoirien tombé dans la guerre civile par l’incapacité des successeurs de feu Félix Houphouet Boigny. On remarquera que les pays anglophones gouvernés par des despotes absolus comme le Zimbabwé de Mugabé et la Gambie de Yayah Jammeh reculent dans le développement. J’emploie l’expression despote absolu car l’Afrique a connu aussi des despotes éclairés comme Houphouet Boigny déjà cité et Habib Bourguiba de Tunisie dont le bilan était plutôt positif. Si l’on compare les pays francophones entre eux, l’on remarquera que ceux qui sont mieux gérés comme le Mali, le Burkina Faso se portent mieux que ceux qui sont mal gérés comme la Guinée même si ces derniers bénéficient d’un environnement naturel plus favorable : la Guinée a un sous-sol plus riche que celui du Mali, une terre plus fertile où pratiquement tout pousse et une plus grande pluviométrie mais reste moins avancée que ce pays frère. Le problème de la bonne gestion, de la bonne gouvernance reste donc entier.
Il existe d’autres tares des pays d’expression française qui sont selon moi héritées de la colonisation :
1) La centralisation excessive du pouvoir et de l’administration : elle est inadaptée à nos sociétés pluralistes car elle provient d’une société comme celle de la France où l’État-Nation a reussi à gommer en grande partie les sensibilités ethniques et régionales ; il faut donc refléchir sur un réaménagement administratif et constitutionnel qui tienne plus compte des réalités sociologiques.
2) La France a introduit dans ses colonies le système de l’administration directe alors que les Britanniques par pragmatisme préféraient l’administration indirecte ou indirect rule : ce système a effacé toutes les structures et hiérarchies traditionnelles et a favorisé donc l’émergence de pouvoirs despotiques et prédateurs.
3) Le cordon ombilical entre l’ancienne métropole et ses colonies n’a pas été coupé : généralement, la France excerce une trop grande influence politique, économique et culturelle qui paralyse ses ex-colonies. Les chefs d’État de ces pays formellement indépendants sont liés à la France par des accords de défense qui maintiennent des troupes françaises sur leurs territoires, ils transfèrent volontiers leurs captations en France, y accumulant villas et carosses de luxe etc. et des sociétés françaises controlent de larges secteurs de l’économie. Les troupes françaises garantissent en retour la sauvegarde du pouvoir. Ainsi, Mobutu aurait été chassé du pouvoir par les rebelles katangais en 1978 n’eût été le soutien de la France qui avait pris la relève des maitres belges. De même, le peuple togolais s’est soulevé en 2005 contre la dynastie Éyadéma corrompue qui gouverne le pays depuis plus de 40 ans mais a subi une répression sanglante par l’Armée Togolaise entrainée et armée par la France. Ceci ne disculpe pas bien sûr les chefs d’État et les élites locales qui auraient pu choisir un autre chemin mais force est de reconnaitre que l’héritage colonial ne rendait pas les choses faciles.
Avant de clore, je voudrais appeler les Africains à se définir moins en termes de « francophones » ou « anglophones » et se souvenir qu’il y a aussi des millions d’Africains lingalophones, haussaphones, fulophones, mandinguophones, swahiliphones etc.
Monsieur Hameth Ly, blogueur vivant au Sénégal, donne des leçons de langue peule sur son blog :
Il s’agit du pulaar, dialecte peul parlé principalement dans la région du Fouta Toro (Vallée du Fleuve Sénégal entre les républiques du Sénégal et de la Mauritanie) . Le titre du blog « Duɗal Pulaar » signifie école ou cours de pulaar. Il faut rappeler que le pulaar est la deuxième langue du Sénégal, après le wolof. Il s’agit aussi de la variante la mieux codifiée et la plus utilisée actuellement sur le plan écrit.
Le cours s’adresse selon l’auteur aux personnes parlant le français et désirant apprendre le pulaar. Souhaitons bon succès à cette entreprise.
J’aimerais livrer aux lecteurs de Maneno ces réflexions de Mr. Samba Diouldé Thiam, député au Parlement sénégalais sur le problème du pluralisme linguistique et de l’enseignement au Sénégal et en Afrique Subsaharienne en général:
Le Sénégal est un pays de diversités ethnoculturelles, linguistiques et religieuses. C’est un truisme de le dire, le fait étant consigné dans la Constitution.
De l’indépendance à ce jour, l’introduction des langues nationales dans le système scolaire n’a pas démarré et ne semble pas à l’ordre du jour.
D’ailleurs il n’existe pas de véritable projet politique à ce sujet, toutes forces politiques confondues et tous présidents de la Républiques confondus.
Apparemment la question serait explosive et personne n’ose exprimer publiquement une réflexion quelque peu structurée à ce sujet.
Mêmes les citoyens et les organisations de la société civile semblent effrayés par l’évocation de la question.
Les « Assises » viennent de livrer leurs cogitations pour refonder le pays. Je n’ai pas connaissance qu’elles aient abordé la question. Si cela s’avérait exact, ce serait l’illustration la plus flagrante de l’immense consensus du silence qui entoure la question et l’enferme dans une véritable chape de béton.
Nous nous comportons comme des autruches face au danger : nous enfouissons la tête dans le sable.
A la vérité, il faut reconnaître que la question est extrêmement dangereuse si elle est abordée sans vision et sans précautions et compétences. D’où sa sensibilité.
Les gens ne semblent savoir par quel bout entreprendre le déminage du terrain que constituerait la jungle de la pluralité linguistique sénégalaise et en Afrique.
C’est cette impuissance née de l’ignorance et de la préférence dogmatique qui nous a installés dans la peur et l’immobilisme pendant prés d’un demi-siècle.
Le pluralisme linguistique est inscrit dans la durée.
Les communautés linguistiques, ethnoculturelles et religieuses ne convergeront pas de sitôt vers une communauté homogène. Elles ne s’exileront pas parce qu’il n y’a pas où aller. Elles devront coexister dans l’affrontement, la douleur ou l’harmonie.
Spéculer que le temps simplifiera la configuration linguistique dans le sens de l’unilinguisme est une erreur tragique. Attendre ce qui n’adviendra pas continuera de porter un préjudice immense à la politique éducative et culturelle du pays.
Comment se fait-il que des pays de diversités, presque partout en Afrique, continuent à se gérer comme des pays d’uniformité linguistique, sans succès d’ailleurs?
Senghor disait que si l’on ne sait pas où l’on va, on doit revenir sur ses pas. Sans avoir besoin de perdre du temps et de l’énergie à revenir sur ses pas, il convient de changer radicalement de direction.
La conclusion coule de source : conserver le statu quo qui maintient les langues nationales hors du système éducatif, ce qui est contre productif à tous les points de vue, ou sortir de ce statu quo.
Il est obligatoire et urgent d’en sortir. On n’en sort que deux façons : imposer une langue dans le système éducatif ou opter pour le pluralisme linguistique.
L’imposition d’une langue autre que le français comportant trop de dangers pour l’unité du pays dans le court comme dans le long terme, il convient de ne pas l’envisager.
Si cette voie était praticable, pourquoi n’a-t-elle pas été empruntée ?
On peut rétorquer que l’imposition n’a pas été tentée et qu’on peut essayer de l’entreprendre.
S’engager maintenant dans une telle aventure, pour tester l’hypothèse, aura raison du pays. Ce qui est le comble de l’absurdité et de l’aveuglement idéologique.
L’enfermement dans l’inactivité et dans l’impuissance vient de ce que l’approche de la question des langues nationales dans le système éducatif fut erronée de bout en bout.
D’abord, l’étude et l’introduction des langues nationales fut pensée en termes d’opposition au français comme unique langue d’enseignement.
Des esprits déterminés envisagèrent et menèrent le combat de la supplantation du français par une langue nationale, le wolof en l’occurrence. Bataille perdue à ce jour.
La vérité commande de reconnaître que les Français et l’Etat français ne furent pas les seuls adversaires de cette orientation chauvine. Car les autres et tous autres n’acceptaient pas le remplacement d’une domination par une autre.
Ensuite, l’insertion des langues nationales fut pensée en termes de moyens et d’outils de renforcement de la maîtrise du français. C’est la concession faite par la France et la Francophonie face à l’énorme poussée des langues dites autochtones.
Cette orientation ne pouvait mener loin, parce qu’elle continue de tourner le dos à la question fondamentale et incontournable du statut des langues nationales comme langues d’enseignement.
Le monolinguisme (français en l’espèce) du système éducatif sénégalais a atteint ses limites. Il continuera de coûter trop cher, et le rapport coût-résultat n’ira qu’en se dégradant.
Est-il surprenant que malgré les 40% du budget national le système soit en crise, et ce depuis plus de trois décennies ? Le sauvetage de l’année scolaire n’y change rien.
Face à l’échec patent du monolinguisme, il ne reste que le pluralisme, pour faire entrer nos langues dans le système éducatif, améliorer la qualité et l’efficacité du système, rationaliser son financement et ses dépenses, amorcer la résolution de la crise générale dans laquelle l’Ecole est installée.
Cette option sortira la question du recours aux langues nationales comme langues d’enseignement des préoccupations politiques et idéologiques pour en faire une question technique, d’organisation et de moyens.
La question des moyens, quelle que soit son importance, est seconde par rapport aux orientations de fond qui découlent d’une volonté politique, lucide, informée et audacieuse.
Il reste la question technique et d’organisation.
Elle est à soumettre aux linguistes et aux pédagogues avant la validation par les instances politiques habilitées.
Bien sûr, le débat public est incontournable. Il sera d’autant plus productif et serein qu’il ne comportera plus d’enjeux hégémoniques ou de relégation de quelque langue que ce soit.
Le pluriel et le pluralisme commençant à partir de deux, pour avancer, il convient de distinguer le pluralisme de base qui concerne nos langues nationales du pluralisme général dans lequel la place du français sera définie.
De là découle la proposition que je mets en débat.
1. S’agissant du pluralisme de base,
• Retenons que deux langues nationales au moins seront enseignées obligatoirement dans tout notre système éducatif.
• Décidons d’enseigner le wolof sur l’ensemble du territoire national.
• Décidons qu’une autre langue, variable selon l’aire géographique, formera un package avec le wolof.
2. Il reste à faire un sort au français, dans le cadre du pluralisme général. La langue française fait partie de notre patrimoine historique, par delà l’imposition, les meurtres, les violences de toutes sortes, les humiliations, les douleurs, les blessures et les récriminations. Il y a des patrimoines que l’on ne peut pas ignorer, ni détruire. Celui-là en fait partie. Le français, cessant d’être langue d’enseignement unique comme aujourd’hui, continuera d’être enseigné à la suite d’un redéploiement pertinent.
Ce qui est préconisé ci-dessus ne posera aucun problème à la majorité des enfants sénégalais, y compris aux très jeunes locuteurs wolofs.
Les familles seront au cœur du pluralisme linguistique, par la transmission de la langue maternelle, la langue parlée à l’enfant à la maison, qui peut ne pas être celle (s) des parents. C’est au sein des familles que vont s’élaborer les premières stratégies du bilinguisme par le choix libre et souverain de chaque famille, que l’école complétera.
Les adultes éprouveront des difficultés psychologiques et affectives. De là viendront peut-être des résistances ou des réticences, qu’il faudra accompagner.
Dans ma propre communauté ethno linguistique comme dans les autres, les ultras me reprocheront ma proposition que le wolof soit enseigné obligatoirement partout au Sénégal.
Je comprends ce reproche. J’ai pris le risque et la responsabilité de faire s’entrechoquer pacifiquement les sentiments, les passions, les préjugés et les savoirs pertinents qui font autorité, pour le triomphe en dernier ressort de la raison et de l’intérêt de l’ensemble des Sénégalais.
On ne peut pas faire moins pour le wolof si l’on veut introduire les langues dans notre système d’enseignement, étant entendu que l’on ne peut pas faire plus.
Sans cette décision, acceptée par tous les Sénégalais, nos langues n’entreront pas dans notre système éducatif dans un temps raisonnablement prévisible.
La condition d’une telle acceptabilité se trouve dans la proposition d’enseigner obligatoirement à chaque Sénégalais entré dans le système scolaire deux langues nationales, dont le wolof.
L’apprentissage de et dans deux langues nationales sera une véritable révolution mentale et comportementale qui bouleversera la conception jusque là mise en œuvre de l’édification de l’Etat et de la Nation.
Comme le savent tous les spécialistes en la matière, les avantages d’un bilinguisme (trilinguisme) bien conduits sont supérieurs à ceux du monolinguisme.
Ce n’est pas ici le lieu de développer en détail ces avantages.
Cependant on retiendra que le plurilinguisme renforcera la connaissance mutuelle des Sénégalais. S’il y a connaissance mutuelle, il y aura renforcement du respect mutuel et de l’unité nationale. Donc tout le monde gagne parce que le pays gagne, sans que la francophonie en pâtisse, au contraire.
En 2010 le Sénégal fêtera le cinquantenaire de son indépendance.
Au cours de cette période, des avancées importantes ont été faites dans les domaines culturels et artistiques. Des tentatives en alphabétisation ont été déroulées.
Cependant tout le monde comprend que nous continuons de vivre sous l’empire et l’emprise de l’oralité.
Ne convient-il pas de faire entrer les arts et les cultures de ceux qui ne s’expriment pas en français ou en arabe dans l’ère de l’écriture et, de la sorte, révéler un immense potentiel de talents et de créations dans l’ensemble des composantes du pays ?
Avec les présidents SENGHOR et DIOUF, les langues nationales sont restées hors du système éducatif.
Voilà bientôt dix ans que nous sommes avec le président WADE. Il n’a pas, lui non plus, fait entrer nos langues dans le système éducatif.
Ne risque-t-il pas, quelle que soit la durée de sa présence à la tête de l’Etat, de partir sans régler cette question cruciale pour notre présent et notre avenir?
C’est à croire qu’une malédiction certaine pèse sur le pays et sur les leaders nationaux parmi les plus éminents et les plus illustres.
Le recours aux langues du pays dans l’enseignement est une question très complexe sans doute. Ce chantier durera des décennies, à condition de l’entamer avec hardiesse et sans tard, en prenant les bonnes décisions.
Les pays qui avancent et conquièrent leur futur, sans négliger leur présent, sont ceux qui pensent et mettent en perspective les complexités.
Sans perspective, il n’y a pas de durabilité dynamique dans le développement socio économique et culturel, ce qui rend difficile par ailleurs les ajustements conjoncturels ou structurels.
Le temps est venu de débattre et d’introduire nos langues dans l’enseignent, non pas comme des curiosités, mais bien comme des outils, des moyens et des contenants d’éducation et d’apprentissage.
Le succès en la matière inspirera les différents Etats africains et facilitera les intégrations sous régionales. Ces intégrations réussies mèneront plus facilement vers l’union africaine.
Nous avons donc rendez-vous avec l’histoire et le panafricanisme.
Prenons garde cependant de ruser avec le destin du pays, par l’acceptation du principe du trilinguisme pour ensuite, prétendument pour des raisons de moyens et de calendrier, instaurer un monolinguisme de base. Ce serait la voie d’une tragédie certaine et redoutable.
Il est connu qu’il y a relativement peu de livres en langues africaines. Certaines langues minoritaires d’Europe comme le slovène ou le basque ont plus de livres que les plus grandes langues africaines comme le hausa ou le swahili. La littérature de jeunesse fait encore plus défaut. Cela se ressent d’autant plus cruellement que les canaux traditionnels de retransmission culturelle tels que les contes, les légendes, les devinettes etc. des veillées sont de plus en plus délaissés. C’est dans ces veillées que l’enfant africain apprenait les codes de conduite, la sagesse populaire, une certaine perception du monde et surtout aiguisait sa compétence linguistique : par exemple, il apprenait les noms des animaux sauvages.
Les effets de l’abandon des veillées se font sentir surtout dans les zones urbaines : le vocabulaire des enfants et des jeunes est généralement très pauvre, ils n’arrivent plus à compter ou à nommer les animaux sauvages dans leur langue maternelle. Dans le cas du peul par exemple, les noms comme éléphant, panthère, lion empruntés au français qui est la seule langue de l’école dans la plupart des pays « francophones » remplacent de plus en plus les mots peuls. En Guinée, plus précisément à Labé, principale ville du Fouta Djallon, une femme écrivain, Madame Zeynab Koumanthio Diallo, essaie de sauver les contes en organisant des veillées dans les locaux du Musée du Fouta Djallon (voir: http://www.foutapedia.org/musee/index.htm). Mais il sera difficile de stopper le processus de désaffection.
La littérature de jeunesse qui est actuellement quasi-inexistante pourrait donc combler un peu ce vide. C’est pour cela qu’il faudrait saluer l’initiative de Bénédicte Chaine-Sidibé, de Aliw Mohammadu et de Mammadu Abdul Sek de l’association culturelle peule Timtimol qui vient de publier un livret pour enfant intitulé kulle ladde (les animaux de la brousse) avec des illustrations et un texte dans lequel chaque animal se présente lui-même avec ses qualités et ses défauts. Le texte qui est en pulaar (peul du Sénégal) est traduit sur des fiches en annexe en français et en anglais. En outre, une version en peul de Guinée est également disponible, toujours sur une fiche en annexe. À titre d’exemple, le lion se présente en ces termes : « Ko miin woni Mbaroodi ladde. Miin waawi ladde ndee fof. So mi wubbii, ɓerɗe fof ndillat. Miɗo heewi inɗe. Won e nokkuuji Fulɓe, miɗo wi’ee ngayuuri walla oolu walla njagaawu. Joom-suudu am oo wi’eete ko ndewri walla cooɓuuri walla laddeeru. Sukaaɓe am ɓee ne, ko ɓoosaaji. », ce qui donne en français : « C’est moi Tueur de la brousse. Je domine tous les animaux. Quand je rugis, tous les cœurs tremblent. J’ai plusieurs noms. Selon les régions peules on m’appelle : lion ou fauve. Ma femelle est la lionne ou la «broussarde». Mes petits, quant à eux, sont des lionceaux. »
Le livret peut être commandé ici : http://www.timtimol.org/index.php/timtimol/publications-de-timtimol/1-kulle-ladde
Grâce aux versions française et anglaise, je pense que le livret pourrait aussi intéresser les étudiants de langue peule des universités européennes ou américaines.
Selon les médias allemands, dans 10 ans, les ménages allemands et même ceux du reste de l'Europe pourraient obtenir de l'électricité solaire en provenance du désert du Sahara. Il est prévu d'y installer d'immenses centrales thermo-solaires avec des collecteurs paraboliques et de transporter le courant à travers la Méditerranée vers l'Europe. Des discussions seraient déjà engagées avec les pays riverains du Sahara.
À la différence de la technologie photovoltaïque, cette technologie consiste à chauffer directement sur place un fluide qui à son tour actionne une turbine qui produit de l'électricité. Comme la chaleur est stockée dans des accumulateurs de chaleur, l'électricité peut être obtenue même après la disparition du soleil, par exemple la nuit ou en cas d'orage. Les investissements étant énormes (400 milliards d’Euro!), un consortium avec entres autres la Deutsche Bank et le géant de l'électronique Siemens se serait déjà constitué. Il n'est pas précisé quel profit les pays africains tireront de l'exploitation de « leur » soleil. Peut-être recevront-ils un peu de courant électrique en retour.
Même si la problématique ne concerne, a priori, que des pays nord-africains, l'Afrique Subsaharienne, qui ne manque pas elle aussi de soleil, devrait s'y interesser. Il y a bien sûr l’aspect politique, idéologique et pour ne pas dire, éthique de cette coopération et la crainte d’une recolonisation du continent. Mais il y a aussi un aspect pratique car les délestages concernent de plus en plus de villes d’Afrique Subsaharienne. L’exode rural, l’urbanisation sauvage mais aussi l’imprévoyance des pouvoirs publics en sont les causes principales. Même une ville pourtant très bien équipée en infrastructures comme Dakar souffre de plus en plus des coupures de courant. À conakry, capitale de la Guinée, pays pourtant très riche non seulement en ressources hydro-électriques mais aussi en jours ensoleillés, des étudiants sont obligés de venir apprendre leurs leçons la nuit à la lumière des poteaux électriques de l’aéroport de Gbessia par manque de courant électrique chez eux. Les villes de l’intérieur du pays ou les campagnes qui n’ont jamais connu le courant, n’en parlons même pas. Il faudrait donc sérieusement s’impliquer dans la recherche de solutions alternatives. Les groupes électrogènes qui polluent l’atmosphère et troublent le silence de la nuit ou les bougies ne peuvent pas être une solution durable.
Les Africains doivent s’engager un peu plus dans la formation et la recherche afin de maitriser les technologies d’énergie alternative pour éviter de dépendre ici aussi des puissances étrangères qui ne cherchent très souvent qu’à exploiter les ressources naturelles du continent (dont elles-mêmes fixent les prix) sans qu’il n’y ait des retombées palpables sur la vie de nos populations.