Il est connu qu’il y a relativement peu de livres en langues africaines. Certaines langues minoritaires d’Europe comme le slovène ou le basque ont plus de livres que les plus grandes langues africaines comme le hausa ou le swahili. La littérature de jeunesse fait encore plus défaut. Cela se ressent d’autant plus cruellement que les canaux traditionnels de retransmission culturelle tels que les contes, les légendes, les devinettes etc. des veillées sont de plus en plus délaissés. C’est dans ces veillées que l’enfant africain apprenait les codes de conduite, la sagesse populaire, une certaine perception du monde et surtout aiguisait sa compétence linguistique : par exemple, il apprenait les noms des animaux sauvages.
Les effets de l’abandon des veillées se font sentir surtout dans les zones urbaines : le vocabulaire des enfants et des jeunes est généralement très pauvre, ils n’arrivent plus à compter ou à nommer les animaux sauvages dans leur langue maternelle. Dans le cas du peul par exemple, les noms comme éléphant, panthère, lion empruntés au français qui est la seule langue de l’école dans la plupart des pays « francophones » remplacent de plus en plus les mots peuls. En Guinée, plus précisément à Labé, principale ville du Fouta Djallon, une femme écrivain, Madame Zeynab Koumanthio Diallo, essaie de sauver les contes en organisant des veillées dans les locaux du Musée du Fouta Djallon (voir: http://www.foutapedia.org/musee/index.htm). Mais il sera difficile de stopper le processus de désaffection.
La littérature de jeunesse qui est actuellement quasi-inexistante pourrait donc combler un peu ce vide. C’est pour cela qu’il faudrait saluer l’initiative de Bénédicte Chaine-Sidibé, de Aliw Mohammadu et de Mammadu Abdul Sek de l’association culturelle peule Timtimol qui vient de publier un livret pour enfant intitulé kulle ladde (les animaux de la brousse) avec des illustrations et un texte dans lequel chaque animal se présente lui-même avec ses qualités et ses défauts. Le texte qui est en pulaar (peul du Sénégal) est traduit sur des fiches en annexe en français et en anglais. En outre, une version en peul de Guinée est également disponible, toujours sur une fiche en annexe. À titre d’exemple, le lion se présente en ces termes : « Ko miin woni Mbaroodi ladde. Miin waawi ladde ndee fof. So mi wubbii, ɓerɗe fof ndillat. Miɗo heewi inɗe. Won e nokkuuji Fulɓe, miɗo wi’ee ngayuuri walla oolu walla njagaawu. Joom-suudu am oo wi’eete ko ndewri walla cooɓuuri walla laddeeru. Sukaaɓe am ɓee ne, ko ɓoosaaji. », ce qui donne en français : « C’est moi Tueur de la brousse. Je domine tous les animaux. Quand je rugis, tous les cœurs tremblent. J’ai plusieurs noms. Selon les régions peules on m’appelle : lion ou fauve. Ma femelle est la lionne ou la «broussarde». Mes petits, quant à eux, sont des lionceaux. »
Le livret peut être commandé ici : http://www.timtimol.org/index.php/timtimol/publications-de-timtimol/1-kulle-ladde
Grâce aux versions française et anglaise, je pense que le livret pourrait aussi intéresser les étudiants de langue peule des universités européennes ou américaines.
Merci d'attirer l'attention sur ce phénomène de dégradation des langues africaines. le peul est une langue tellement bien structurée que je me demande pourquoi il n'est pas enseigne dans nos écoles. Nos langues ont beaucoup de difficultés en terme de grammaire ou d'orthographe mais je crois que la tache nous revient de les améliorer continuellement.
03 07 2009 ClaireTrès bonne initiative. Peut-être les nouvelles technologies permettraient de proposer en PDF des livres pour enfants, à imprimer pour ceux qui ont accès à une imprimante ?