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Konngol Afirik

Une voix africaine dans le Net mondial

Pourquoi l’Afrique Francophone est moins dynamique que l’Afrique Anglophone ?

Déjà traduit en : Français, English

Je me permets d’ajouter mon grain de sel dans cette discussion (réponse de Subsaharska ici). Le retard économique d’un grand nombre de pays d’Afrique dite francophone est á mon humble avis difficilement explicable par l’éthique protestante que certains sociologues comme l’Allemand Max Weber ont avancée pour justifier le développement du capitalisme dans le monde anglo-saxon généralement protestant. La période de la colonisation a été trop courte (moins d’un siècle généralement) pour laisser un impact aussi profond. Quand on compare les pays africains, qu’ils soient d’expression française ou anglaise, ce qui saute à l’oeil, c’est l’impact de la bonne gouvernance. Là où elle est respectée, les pays s’en tirent relativement bien. Par exemple le Ghana, pays anglophone, a connu après la chute de Nkrumah (1966) une longue période d’instabilité avec un État pris en otage par des officiers incompétents, corrompus et prédateurs. Ce pays était donc beaucoup moins développé que par exemple la Côte d’Ivoire voisine, pays francophone. Grâce aux actions de Jerry Rawlings qui a mis hors d’état de nuire les cliques militaires, le Ghana a retrouvé le chemin de la démocratie et de la bonne gouvernance et se développe mieux que le voisin ivoirien tombé dans la guerre civile par l’incapacité des successeurs de feu Félix Houphouet Boigny. On remarquera que les pays anglophones gouvernés par des despotes absolus comme le Zimbabwé de Mugabé et la Gambie de Yayah Jammeh reculent dans le développement. J’emploie l’expression despote absolu car l’Afrique a connu aussi des despotes éclairés comme Houphouet Boigny déjà cité et Habib Bourguiba de Tunisie dont le bilan était plutôt positif. Si l’on compare les pays francophones entre eux, l’on remarquera que ceux qui sont mieux gérés comme le Mali, le Burkina Faso se portent mieux que ceux qui sont mal gérés comme la Guinée même si ces derniers bénéficient d’un environnement naturel plus favorable : la Guinée a un sous-sol plus riche que celui du Mali, une terre plus fertile où pratiquement tout pousse et une plus grande pluviométrie mais reste moins avancée que ce pays frère. Le problème de la bonne gestion, de la bonne gouvernance reste donc entier.

Il existe d’autres tares des pays d’expression française qui sont selon moi héritées de la colonisation :

1) La centralisation excessive du pouvoir et de l’administration : elle est inadaptée à nos sociétés pluralistes car elle provient d’une société comme celle de la France où l’État-Nation a reussi à gommer en grande partie les sensibilités ethniques et régionales ; il faut donc refléchir sur un réaménagement administratif et constitutionnel qui tienne plus compte des réalités sociologiques.

2) La France a introduit dans ses colonies le système de l’administration directe alors que les Britanniques par pragmatisme préféraient l’administration indirecte ou indirect rule : ce système a effacé toutes les structures et hiérarchies traditionnelles et a favorisé donc l’émergence de pouvoirs despotiques et prédateurs.

3) Le cordon ombilical entre l’ancienne métropole et ses colonies n’a pas été coupé : généralement, la France excerce une trop grande influence politique, économique et culturelle qui paralyse ses ex-colonies. Les chefs d’État de ces pays formellement indépendants sont liés à la France par des accords de défense qui maintiennent des troupes françaises sur leurs territoires, ils transfèrent volontiers leurs captations en France, y accumulant villas et carosses de luxe etc. et des sociétés françaises controlent de larges secteurs de l’économie. Les troupes françaises garantissent en retour la sauvegarde du pouvoir. Ainsi, Mobutu aurait été chassé du pouvoir par les rebelles katangais en 1978 n’eût été le soutien de la France qui avait pris la relève des maitres belges. De même, le peuple togolais s’est soulevé en 2005 contre la dynastie Éyadéma corrompue qui gouverne le pays depuis plus de 40 ans mais a subi une répression sanglante par l’Armée Togolaise entrainée et armée par la France. Ceci ne disculpe pas bien sûr les chefs d’État et les élites locales qui auraient pu choisir un autre chemin mais force est de reconnaitre que l’héritage colonial ne rendait pas les choses faciles.

Avant de clore, je voudrais appeler les Africains à se définir moins en termes de « francophones » ou « anglophones » et se souvenir qu’il y a aussi des millions d’Africains lingalophones, haussaphones, fulophones, mandinguophones, swahiliphones etc.

Commentaires :

03 11 2009 miquel

Could it also simply be that Francophone countries simply aren't privy to the kind of development funding that Anglophone speakers receive due to a lot of the funding coming from those who speak English such as the UK, US, an Canada?

03 11 2009 oumar

That is a noteworthy remark Miquel. I hope that the scholars will research more from that angle.

04 11 2009 bwaje

Regardez l'exemple du Rwanda : à la fois francophone, anglophone ce petit pays est le plus dynamique d'Afrique de l'Est !

04 11 2009 Marieme Jamme

Difference of Mentality, Anglophone's will go for it, try and try again. Francophone will think and think again, by the time they are thinking, Anglophones have made it. :-)

04 11 2009 Hannes

I fully agree with your comment. This is not a problem of ethics or some sort of intrinsic values. Rather the institutional setting that was imposed by the colonial powers and then left behind, evolved into an environment which is not development-enhancing (see for example 'Citizen and Subject' by Mamdani). The difficult task then for the African people and their 'political representatives' has been and still is to alter these institutions in a way that is beneficial to them. This is off course a very difficult process and solutions are not found in the short-term (that's why trendy success stories like that of Rwanda are to be taken with caution). Clearly, France (and later Françafrique) has made it a lot easier for traditional African elites to hold onto power without having popular support. But still, some former French colonies have managed to do that and some British haven't. In fact, there are a quadrillion large-N studies that find the colonial heritage dummy to be insignificant. Blaming today's economic record on yesterday's colonial heritage is therefore, in my opinion, counterproductive. The real question is why some governments today don't act in the best interest of their people and how that can be changed.

04 11 2009 elia

Bwaje, le Rwanda est dinamique justement parce qu'il a passé d'être sous l'influence francophone à l'anglophone, et a reçu des millions et millions de la Grande Bretagne et les États Unis (étant juste un tout petit pays comme tu dis)

04 11 2009 Hannes

elia, je ne crois pas qu'on peut expliquer le 'succès' récent de Rwanda par l'aide au développement le pays a reçu. a mon avis c'est plutôt la situation politique stabilisé et le post-génocide consensus national. Ce qui rend Rwanda spécial est l'aptitude d'attirer l'investissement privé.

07 11 2009 Boukary

Un article très interessant!

Merci Oumar.

08 11 2009 democrateafricain

miquel a parlé du fait que plus de pays anglophones de l'Ouest participent à l'investissement dans les pays africain anglophones (UK, US, an Canada). Oumar a aussi mentioné l'Indirect Rule qui a permis une meilleure prise en charge des peuples africains aujourdhui anglophones. Ces facteurs expliquent bien la situation actuelle.

Le facteur le plus important est, selon moi, le controle des pouvoirs locaux par l'ancien colonisateur. Controle hérité du controle direct exercé durant la colonisation et pérénnisé par des accord de défenses post-coloniaux divers.

Ainsi comme mentionné plus haut la possibilité de diriger sans le soutien du peuple va encourager l'emergence de dictature en Afrique francophone. La légitimité des dirigeants de l'afrique francophone venait surtout de Paris et leur mandat était de proteger les intérets de l'ancienne métropole.

09 11 2009 democrateafricain

Peut etre que cet article avancera la discussion:

http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2009/11/07/des-etats-maconniques-en-afrique.html

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2347/articles/a411860-.html?xtmc=bongomaconnerie&xtcr=4

09 11 2009 oumar

c'est une bonne piste democrateafricain, les successions dynastiques à la tête de l'État sont aussi une particularité de l'Afrique Francophone et du monde arabe.

10 11 2009 Neo

Bonjour,

je suis content de constater que le débat que j'ai lancé sur mon blog se poursuit.

Omar, les tares héritées de la colonisation que tu énumère ne sont-elles pas elles aussi liées à la thèse de Marx Weber?

On semble être tous d'accord que la bonne gouvernance est un facteur clé du développement. Or nos systèmes de gouvernance actuels sont issus directement de ceux de nos colons respectifs, qui eux même se sont bâtis selon des paramètres socio-culturels de leurs pays. D'où la relation entre les thèses de Marx Weber et nous.