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Konngol Afirik

Une voix africaine dans le Net mondial

Le Mouvement Social Guinéen commémore le 22 janvier 2007

Déjà traduit en : Français
22 01 2010
Pays :
GUINEA

Entre janvier et février 2007, la Guinée avait traversé une période dramatique marquée par des grèves lancées par les syndicats et des manifestations exigeant un changement politique et de meilleures conditions de vie. Le régime moribond du Général Lansana Conté qui était alors près de l'effondrement avait reprimé le mouvement dans le sang, avec le soutien de cette même soldatesque qui se saisit du pouvoir le 23 décembre 2008, un jour après la disparition du vieux président. Voilà la déclaration du Mouvement Social Guinéen à ce sujet :

Le peuple de Guinée a vécu, le lundi 22 Janvier 2007, il y a de cela trois ans jour pour jour, une barbarie sans commune mesure perpétrée par des éléments en uniforme de la garde présidentielle.

D’innocentes personnes furent tuées, des jeunes et des femmes mutilés à vie, des responsables et militants syndicaux arrêtés, maltraités et emprisonnés, bref des violences furent commises sur toute l’étendue du territoire national.

Souvenons-nous de ce lundi noir 22 janvier 2007, qui nous rappelle ces autres journées noires que sont le lundi 12 Juin 2006, celui du 28 Septembre 2009 au Stade du même nom.

Les responsables des centrales syndicales, de la société civile et des religieux, compatissent à cette tragédie et s’en souviendront pour toujours.

Il convient de noter que pendant ces douloureux événements, la communauté nationale, Africaine et internationale s’est fortement mobilisée pour soutenir le Mouvement Social dans sa lutte pour l’avènement d’une véritable démocratie en Guinée.

A l’occasion de la célébration de cette journée mémorable, le Mouvement Social Guinéen exprime sa reconnaissance à l’endroit de tous ceux qui ont apporté leurs soutiens matériels et financiers à l’endroit des victimes de cette tragédie.

Pour marquer l’événement, le Mouvement Social Guinéen organisera des prières de compassion et de recueillement pour le repos de ces illustres martyrs.

Le Mouvement Social Guinéen se souviendra toujours de ces martyrs, car grâce au sacrifice de leur vie, le peuple de Guinée s’achemine vers l’amorce d’une véritable démocratie.

Le Mouvement Social Guinéen appelle l’ensemble de ces structures à resserrer les rangs et à rester toujours mobilisées pour que ce genre de tragédies ne se répète plus jamais.

Fait à Conakry, le 21 Janvier 2010

Mouvement Social Guinéen

La réapparition du Capitaine Dadis Camara

Déjà traduit en : Français
14 01 2010
Pays :
GUINEA

Le Maroc a expulsé en douceur Moussa Dadis Camara, chef de la junte guinéenne grièvement blessé par son aide de camp Aboubacar Diakité alias « Toumba », vers le Burkina Faso après plus d'un mois de traitement. La réapparition sur scène du bouillant capitaine, connu pour son instabilité psychique et ses écarts de language, et qui a mis son pays au bord de la guerre civile n'arrange personne, à part quelques inconditionnels qui le soutiennent soit par allégeance ethnique soit par intérêt économique. Le Général Sékouba Konaté semblait être un moindre mal. Il n'a pas l'air d'avoir des ambitions politiques, est beaucoup plus pondéré et moins bavard que Dadis.

Les Forces Vives (regroupement de la société civile et des partis politiques) risquent d'être prises au dépourvu si elles ne se dépêchent pas car une course semble désormais engagée entre l'aile dure du CNDD qui veut coûte que coûte ramener Dadis à Conakry et le réinstaller sur le fauteuil présidentiel et l'aile réaliste qui connait tous les risques d'un retour de leur chef au pouvoir : isolation de la Guinée sur le plan international, gel de toute aide et coopération, polarisation sociale et politique avec risque de guerre civile comme avertissait justement Bernard Kouchner.

Nous apprenons que le Général Sékouba Konaté, président par interim, tient actuellement un entretien à Ouagadougou avec Compaoré, président du Burkina Faso et facilitateur de la CÉDÉAO et Moussa Dadis Camara. Comme toujours, rien ne filtre de ces entretiens, ce qui contribue à accroitre les inquiétudes. Espérons que les deux hommes réussiront à convaincre l'encombrant capitaine de continuer sa convalescence à l'étranger.

Espérons aussi que les Forces Vives s'entendent rapidement sur un premier ministre au pouvoir élargi pour démarrer une transition apaisée.

Les pressions internationales (CÉDÉAO, Union Européenne, États-Unis) seront nécessaires pour convaincre les fidèles de Dadis, encore influents dans l'Armée, notamment le capitaine Jean Claude Pivi, Ministre chargé de la Sécurité Présidentielle (un poste qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde), de collaborer.

Sevices contre les journalistes en Guinée

Déjà traduit en : Français, English
11 11 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
cndd, guinee, liberte de la presse

Le régime de Capitaine Moussa Dadis Camara n’a jamais été tendre envers les journalistes critiques mais depuis les évènements du 28 septembre dernier, le régime étant aux abois, il multiplie les assauts contre ceux qu’il estime être co-responsables de ses malheurs. Beaucoup de journalistes reçoivent régulièrement des brimades et même des menaces de mort. C’est ainsi que messieurs Amadou Diallo et Mouctar Baldé, respectivement correspondants de la BBC et de RFI en Guinée ont dû récemment quitter le pays et se réfugier au Sénégal voisin.

Un autre journaliste, Mr. Talibé Barry de l’hebdomadaire L’indépendant, a reçu selon plusieurs sites Internet guinéens une convocation pour aujourd’hui mercredi à la Gendarmerie Nationale. Un des ses derniers articles thématisait le problème des nombreux officiers emprisonnés arbitrairement depuis la prise de pouvoir par le CNDD de Capitaine Dadis et dont les familles n’ont aucune nouvelle. Ces officiers censés être proches de l’ancien président Conté sont considérés dangereux par le nouveau régime.

Si le régime de l’inénarrable capitaine perdure, il faut s’attendre à d’autres sevices contre la presse libre car il ne tolére que les journalistes qui le flattent, quitte à acheter leur conscience par des millions prélevés sur le budget de l’État.

Mon pauvre Dadis (texte de Venance Konan, « conseiller » très spécial de Dadis)

Déjà traduit en : Français
04 11 2009
Pays :
AFRICA
GUINEA
Catégories :
dadis, guinee, venance konan

Là, mon pauvre Dadis, je ne sais plus ce que je peux faire pour toi. Toi aussi ! Je t’avais dit de donner des marchés juteux aux Chinois. Tu l’as fait, mais tu aurais dû en donner d’aussi juteux aux Américains et aux Européens, EN MEME TEMPS. Je ne te l’avais pas écrit, mais tu aurais pu le comprendre tout seul tout de même ! Maintenant tu as les Américains, les Européens et la Cour Pénale Internationale sur le dos.

Je ne sais vraiment plus comment tu vas t’en sortir maintenant, mon pauvre Dadis. Ta tragédie personnelle illustre malheureusement à merveille celle de notre continent. C’est chez nous que l’on croit que le poste de président de la République peut être occupé par n’importe qui.

Aucun d’entre nous ne monterait dans un véhicule conduit par une personne qui n’a jamais touché à un volant, mais nous sommes prêts à suivre le premier soudard qui prend le pouvoir par les armes. Il est vrai que nos peuples n’arrivent jamais à distinguer entre celui qui sait conduire une voiture et celui qui n’a pas de permis de conduire, et on leur a toujours fait prendre des vessies pour des lanternes. Mais entre nous, Dadis, qu’est-ce qui, dans ton parcours, t’a fait croire que tu avais les compétences pour diriger le peuple de Guinée ? Tu avais peut-être bien observé ton prédécesseur que les Guinéens avaient surnommé Bouki, le nom de l’hyène qui dans nos contes symbolise la stupidité, et tu t’es dit un jour que si gouverner un pays, c’est passer ses journées à recevoir des gens, leur distribuer de l’argent et réprimer tous ceux qui se plaignent, tu pouvais toi aussi le faire. Et lorsque Conté est mort, le hasard a voulu que le pouvoir tombe entre tes mains. A moins que tu ne te sois mis en embuscade pour le prendre, le moment venu. Qu’il avait tant raison, Obama, lorsqu’il disait à Accra que les Etats n’ont pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. C’est parce que nos institutions n’ont aucun fondement que lorsqu’un chef d’Etat meurt, on se bat pour lui succéder, ou que le pouvoir tombe dans des mains aussi grossières que les tiennes. Dans le reportage que t’avait consacré la chaîne France 24, tu t’étais exclamé, pendant que tu étais dans ta voiture avec la journaliste : « le destin ! C’est phénoménal ! » Oui, le destin est phénoménal lorsqu’on arrive à le saisir et à l’orienter pour faire des choses positives. Tu sais, chacune de nos vies est un destin. Un destin qui, pour la plupart d’entre nous, est tracé d’avance et laisse peu de marque dans l’histoire. Un homme commence par exemple comme instituteur, passe directeur d’une école primaire, finit inspecteur de l’enseignement primaire, prend sa retraite et meurt. Et l’histoire finit par effacer toute trace de cet homme. Mais il peut arriver des évènements extraordinaires qui infléchissent le cours de ce destin. Tu étais un capitaine, pompiste de l’armée, et tu traficotais tranquillement dans ton coin sur les bons d’essence. Tu aurais pu continuer ainsi, finir colonel et prendre ta retraite avec tes trois ou quatre femmes dans une belle maison que tu aurais achetée avec le fruit de tes trafics. Mais ton destin a voulu que celui du peuple guinéen soit remis entre tes mains. Tu aurais pu avoir l’humilité de dire que la charge était trop lourde pour toi. Tu me diras que c’est facile pour moi de le dire, moi qui n’ai pour destin que d’écrire ces mots que personne n’est obligé de lire, et entre les mains de qui aucun pouvoir d’Etat ne tombera jamais. Tu auras peut-être raison. Tu aurais pu avoir la sagesse de t’en tenir à tes premières déclarations, et conduire tranquillement la transition jusqu’à ce que ton peuple élise un nouveau président. Tu serais alors entré dans l’histoire de ton pays par la grande porte. Tu n’as malheureusement pas su tirer de leçon de ce qui est arrivé à Robert Guéï en Côte d’Ivoire. Et tu as décidé d’endosser le costume de président qui, à l’évidence, était trop large pour toi. Et le pouvoir t’a rendu fou. Je dirai à ta décharge que tu n’es pas le seul dans la région à avoir endossé un costume présidentiel trop grand, pour le plus grand malheur de millions de personnes. Je sais que tu diras que ce qui t’arrive est injuste, que tu n’es pas le seul à avoir fait tirer sur des manifestants, qu’il y en a qui ont créé des escadrons de la mort, qui ont tué des gendarmes aux mains nues et leurs enfants, qui ont enfermé des hommes dans des containers exposés au soleil jusqu’à ce que mort s’en suive, qui ont violé des femmes et pillé des régions entières. Je sais tout cela. Mais c’est le destin, Dadis. Le destin. Qui peut dire qu’il le maîtrise totalement ? Qui sait comment cela se terminera pour ceux-là ? Tu sais, la justice des Blancs est parfois lente, mais jamais amnésique. Tu as vu ce qui arrive à Roman Polanski ? On vient de l’arrêter pour une histoire de relation sexuelle avec une mineure, 33 ans après. Tu ne sais pas qui c’est ? C’est vrai qu’il n’y a pas d’électricité, donc pas de cinéma à Conakry. Et l’affaire Ben Barka qui revient à la surface plus de 40 ans après ! Tu ne sais pas non plus qui c’est ? Là, tu exagères un peu. Et avec ça tu voulais diriger un pays ! Mais ce n’est pas grave. Ce qui te reste à faire, mon pauvre Dadis, c’est de renoncer à être candidat, et de demander pardon au peuple guinéen. Dis- lui que tu n’as pas voulu que les choses se passent ainsi, que tu as été piégé, que tu sanctionneras ceux qui ont commis ce crime. Verse quelques larmes de repentir. Va voir les chefs religieux, les chefs de village. Qui sait ? Le peuple te pardonnera peut-être et te laissera conduire la transition jusqu’à son terme. Moi, je vais être obligé de faire comme tes ministres et conseillers. Je vais te quitter pour que tu ne m’entraînes pas dans ta chute. Mais je te promets que si tes marabouts et féticheurs arrivent à sauver ta tête, je serai à nouveau à tes côtés.

Par Venance Konan (écrivain ivoirien)

Voir aussi l’interview de l’écrivain avec RFI : http://www.dailymotion.com/video/xaw2xs_venance-konan-invite-afrique-sur-rf_news

À Abuja, les « Forces Vives » rejettent toute négociation avec la junte

Déjà traduit en : Français, Fulfulde
13 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
cedeao, forces vives, guinee

Le Forum des Forces Vives de Guinée, une nébuleuse réunissant les partis de l’opposition, les syndicats, la Société Civile, rejette toute négociation avec la junte militaire accusée d’avoir perpétré les crimes du 28 septembre au stade du même nom. Voici leur communiqué publié à Abuja, capitale du Nigéria où les Forces Vives étaient conviées par la CEDEAO dans le but de dénouer la crise guinéenne :

À l'invitation de la CEDEAO (Communauté Économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), une délégation du Forum des Forces Vives, comprenant des représentants de toutes ses composantes (partis politiques, syndicats, organisations de la société civile) a pris part à la 8eme session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), tenue au siège de la CEDEAO à Abuja, le 12 Octobre 2009.

À cette occasion, la délégation des Forces Vives a eu l'opportunité de faire aux membres du GIC-G, un exposé complet sur la situation en Guinée, surtout après les massacres commis par la junte militaire du CNDD, lors de la manifestation pacifique du 28 Septembre 2009.

Les Forces Vives ont réitéré leur appui aux efforts du facilitateur, son Excellence le président Blaise Compaoré. Toutefois, elles ont souhaité une claire définition des objectifs de la mission de facilitation.

Elles réaffirment leur rejet de toute négociation politique avec la junte militaire qui s'est totalement disqualifiée en se livrant à des massacres, des viols, des arrestations arbitraires et des exactions contre son propre peuple sans défense.

Elles confirment les exigences contenues dans le mémorandum remis au facilitateur et publié dans le communiqué n°6 comme préalables à toute discussion. C'est notamment la dissolution du CNDD et la mise en place d'un organe de transition qui désignera un gouvernement d'union nationale.

Devant les dangers réels d'explosion que recèle la situation actuelle, les Forces Vives ont insisté sur l'envoi d'urgence en Guinée d'une force de protection de la population civile, l'imposition immédiate d'un embargo sur les armes à destination de la Guinée et l'adoption de sanctions appropriées contre la junte et son gouvernement.

La délégation a hautement apprécié les efforts inlassables de la CEDEAO, de l'Union Africaine, des pays amis de la Guinée et de toute la communauté internationale réunis dans le Groupe International de Contact pour aider le peuple guinéen à trouver une issue heureuse à la grave crise actuelle. À tous et à toutes, elle renouvelle ses remerciements et sa profonde gratitude.

La délégation remercie vivement le GIC-G pour les positions courageuses prises dans le communiqué final de la rencontre et qui répondent pleinement aux aspirations du peuple de Guinée. Elle insiste sur une mise en œuvre rapide des résolutions adoptées.

Elle exhorte le peuple de Guinée à rester uni et mobilisé à l'exemple du Forum des Forces Vives et à continuer la lutte contre la dictature pour l'avènement d'une Guinée libre, unie et démocratique.

Abuja le 12 Octobre 2009

Le Forum des Forces Vives de Guinée.

Entre-temps, les deux journées de recueillement et de prière proclamées par les syndicats ont été presque scrupuleusement respectées en Guinée. Sur toute l’étendue du territoire, les bureaux, les entreprises, les marchés etc. sont restés fermés ce lundi et mardi. Certains ont même parlé d’une opération ville morte. En tous cas, c’est un avertissement à la junte car les syndicats qui s’étaient, pour des raisons encore inconnues, mis à l’écart de la marche du 28 septembre terminée dans un bain de sang, ont démontré que leur capacité de mobilisation est encore intacte.

Les radios privées s’autocensurent

Déjà traduit en : Français
03 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
guinee, radios privees

Autorisées seulement depuis 2005 (pendant des années le Président Conté s’y était opposé avec véhémence tandis qu’elles poussaient comme des champignons dans tous les pays voisins), les radios privées sont une source d’information inestimable pour la population, à côté des radios étrangères comme BBC Afrique, Radio France, la Voix de l’Amérique etc. Quant à la RTG (Radiodiffusion Télévision Guinéenne), elle est tout simplement une machine de propagande du régime du moment. Elle avait retrouvé une bonne audience au moment des entretiens télévisés du chef de la junte Moussa Dadis Camara que les Guinéens appelèrent très tôt « Dadis Shows ». Mais ils se lassèrent vite de ces shows télévisés où le capitaine putschiste jouait à la fois juge et partie, humiliant et accusant des personnes devant les caméras ou étalant ses platitudes intellectuelles.

Les radios privés sont surtout estimées à cause des émissions interactives en langues locales dans lesquelles la population peut appeler et exprimer son opinion sur des thèmes politiques. Mais qui a écouté ces derniers jours les rares radios locales accessibles sur l’Internet dans l’espoir d’apprendre quelque chose sur les récents évènements douloureux a eu un pincement au cœur : c’est presque toujours de la musique ou des émissions de conseils pratiques. Les rares fois que référence est faite aux évènements tragiques du Stade du 28 Septembre, on déplore les nombreux morts mais sans jamais nommer les auteurs, on diffuse des communiqués du gouvernement appelant au calme ; quand j’ai entendu des propos attribués à des opposants sauvagement bastonnés et menacés de mort par l’armée et appelant à sauvegarder la paix sociale et l’unité nationale qui serait gravement menacée mais sans dénoncer une seule fois les pourfendeurs de cette unité, j’ai failli croire que Jean-Marie Doré, Mouctar Diallo et consorts souffrent de schizophrénie ou d’une perte de mémoire. Pourtant c’est le pouvoir qui a recruté massivement ces derniers mois parmi les ethnies du sud-est guinéen, région natale du président autoproclamé, faisant de l’armée guinéenne une milice tribale. C’est encore les mêmes qui ont adressé des propos racistes contre Cellou Dalein Diallo en le bastonnant.

Mais finalement, il faut comprendre que c’est les circonstances politiques difficiles qui contraignent les radios privées guinéennes à la prudence. En 2007, lors des grèves qui se soldèrent elles aussi par un bain de sang resté impuni jusqu’à nos jours, une d’entre elles, Radio Liberté FM, qui avait donné la parole à des citoyens exprimant leur rejet du régime Conté avait subi une terrible attaque militaire pendant laquelle tout son matériel fut détruit et deux de ses journalistes mis aux arrêts. L’autocensure reste donc une stratégie de survie.

Déclaration du Forum des Forces Vives

Déjà traduit en : Français
01 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
conakry, forces vives, guinee

Le 28 Septembre 2009 à Conakry, des centaines de milliers de nos compatriotes de toutes les communautés, de tous les âges et de toutes les conditions, manifestant pacifiquement dans un stade de football clos contre la dictature militaire et pour le retour à une vie constitutionnelle normale, ont été piégés, brutalisés, humiliés, violentés, violés, poignardés et tués par des escadrons drogués de l'armée. Lors de ces manifestations historiques, nous avons assisté à des scènes d'une barbarie inouïe que rien, sinon la volonté du CNDD de terroriser et soumettre le peuple de Guinée ne justifiait. Des centaines de femmes et de jeunes filles ont été déshabillées, violées, les canons des fusils introduits dans leurs parties intimes, tout ceci publiquement et sous les yeux de la hiérarchie militaire.

Depuis le 23 Décembre 2008, le Forum des Forces Vives de Guinée a engagé toutes les démarches pacifiques possibles pour arriver à un consensus pour la conduite d'une transition apaisée. En face, nous n'avons rencontré que mépris, diktat, humiliations, insultes et dérision de la part de la junte du CNDD et de son chef. Les libertés fondamentales ont été graduellement confisquées, les médias mis aux ordres. Dans le même temps, contrairement à leurs premiers engagements publics nous avons assisté à une opération de légalisation du pouvoir militaire. Ceci avec une dilapidation sans précédent des fonds publics. Le Forum des Forces Vives a alors entrepris d'organiser un meeting d'information et de sensibilisation, montrant que le peuple n'acceptait pas l'usurpation du pouvoir par les militaires.

Ce meeting citoyen pouvait simplement éclairer l'opinion publique Guinéenne sur les enjeux des prochains scrutins. Malgré l'appel aux autorités pour sécuriser cette manifestation pacifique, le Forum des Forces Vives de Guinée n'a rencontré que dissuasion ou manœuvres diverses pour l'annuler. Au lieu de protéger les lieux sensibles le CNDD a infiltré des casseurs qui ont été responsables de tous les dégâts constatés, notamment ceux concernant les commissariats saccagés. Ceci dans l'objectif de discréditer l'ensemble des leaders politiques du Forum, dont les différents domiciles ont été mis à sac et pillés par les militaires.

Capitaine Moussa Dadis Camara chef de la junte, Général Sékouba Konaté Ministre de la défense, Commandant Moussa Keita Secrétaire permanent de la junte, sont les responsables du massacre de nos compatriotes, au stade du 28 Septembre. Leurs hordes avides de sang, sous la conduite du Capitaine Diakité dit Toumba aide de camp de Moussa Dadis Camara, son adjoint Théodore Kourouma, neveu de Moussa Dadis Camara et bien d'autres, cagoulés ou non ont exécuté les basses œuvres en tuant et violant froidement. Ces viols collectifs et les humiliations insupportables perpétrées contre de centaines d'innocentes constituent des atteintes graves à la dignité humaine. Les auteurs et commanditaires de ces actes ignobles doivent tous répondre de leurs barbaries. Désormais les choses sont claires. Ils massacreront tout citoyen qui voudra exercer son droit d'avoir une opinion. Ils installeront et entretiendront sans état d'âme la guerre civile. Ils ont déjà mis en place une milice à caractère ethnique. Il faut donc arrêter leurs mains criminelles, avant qu'ils ne mettent le feu à notre cher pays.

Le dialogue interne est devenu impossible.

Devant la gravité exceptionnelle de la situation, le Forum des forces vives de Guinée:

1 – S'incline avec une infinie tristesse devant ces morts et exprime sa profonde douleur face à cette tragédie délibérée. Il exprime sa solidarité aux familles de toutes les victimes.

2 – Exige de la junte et de son gouvernement:

· la restitution immédiate des corps des victimes de leurs massacres, afin que les familles puissent enterrer dignement les leurs;

· le recensement exhaustif des disparus;

· la prise en charge médicale complète de tous les blessés;

· la libération immédiate et inconditionnelle des détenus; la libération et prise en charge immédiate des femmes violées et encore séquestrées.

· la réparation immédiate des domiciles saccagés, la restitution des biens dérobés.

3 – Lance un appel pressant à la CEDEAO, à l'Union Africaine et au Groupe International de Contact, pour organiser en urgence l'envoi en Guinée d'une force de paix chargée de protéger les populations guinéennes contre ses forces armées déchainées, que le chef de la junte lui même dit ne pas pouvoir contrôler;

4 – Lance un appel aux citoyens et organisations spécialisés pour la préparation immédiate d'un dossier d'accusation afin de traduire les responsables et commanditaires identifiés des massacres de nos populations devant le Tribunal Pénal International, pour crimes contre l'humanité.

5 – Décide de réunir rapidement une concertation nationale pour installer un organe consensuel et efficace devant mener la transition vers des élections libres et transparentes, en raison de la désormais disqualification du CNDD et de son gouvernement en tant que force dirigeante responsable d'un état unitaire respectant les droits humains les plus élémentaires.

6 – Lance un appel à tous les Guinéens et Guinéennes, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, à rester mobilisés, à s'opposer à la dictature militaire.

Cinquante années de dictatures civile et militaire, ça suffit. Le peuple de Guinée ne l'acceptera plus.

Conakry le 30 Septembre 2009

Le Forum des Forces Vives de Guinée

Manœuvres de diversion de la Junte de Conakry

Déjà traduit en : Français
01 10 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
dadis, guinee

Acculée de toutes parts (menaces de sanctions par l’Union Africaine, la France, les Etats-Unis), Dadis et sa junte multiplient les astuces et autres manœuvres de diversion. D’abord, il décline toute responsabilité dans les atrocités du 28 septembre (je ne contrôle pas mon armée, l’opposition est responsable de tout ce qui est arrivé), ensuite verse quelques larmes de crocodile et a même l’audace de rendre visite aux blessés à l’hôpital de Donka. Après avoir interdit tout regroupement « à caractère subversif » sans doute pour empêcher l’opposition de se réorganiser, son dernier subterfuge est le gouvernement d’union nationale.

Le dictateur sait que si l’opposition accepte de faire partie d’un pareil gouvernement, la communauté internationale serait embarrassée dans l’application des sanctions. Comment punir des bourreaux si leurs victimes collaborent avec eux dans un même gouvernement ?

Si Sydia Touré, Cellou Dalein Diallo, Jean-Marie Doré, Mouctar Diallo etc. acceptent ce cadeau empoisonné, ils auraient sabordé eux-mêmes le combat qu’ils ont commencé. S’ils acceptent un gouvernement d’union nationale, ce serait à la condition qu’aucun membre du CNDD et du gouvernement actuel n’en fasse partie.

Autre idée du chef de la junte pour échapper à la justice internationale : une commission d’enquête internationale avec à sa tête un « sage africain ». À qui pense t-il quand il parle de ce fameux « sage africain » ? Certainement à son mentor Abdoulaye Wade président du Sénégal voisin qui l’appelle affectueusement « mon fils » et qui est avec Kadhafi le seul Chef d’État africain à l’avoir ouvertement soutenu depuis le début. Il ne doit pas donc être question d’un Chef d’État en exercice, surtout s’il s’appelle Wade ou Kadhafi.

L’opposition et la communauté internationale ne doivent pas tomber dans les pièges que leur tend une junte aux abois.

L'hypocrisie de l'Union Africaine

Déjà traduit en : Français
22 08 2009
Pays :
GUINEA

La Guinée risque sérieusement de faire les frais de l’hypocrisie de l’Union Africaine. En effet, celle-ci a toléré la candidature du général putchiste mauritanien Aziz qui renversa il y a un an le premier président élu démocratiquement de ce pays. La Mauritanie fut d’abord suspendue de l’UA pour être ensuite réintégrée dans l’organisation continentale dès que le Général Aziz eut exprimé son intention de ramener le pays dans l’ordre constitutionnel. L’UA se garda de le dissuader de présenter sa candidature aux élections présidentielles de juillet dernier, au contraire de la Guinée. Le général a, comme on le sait, organisé les élections et les a bien sûr gagnées.

Maintenant le même scénario risque de se répéter en Guinée. Le Capitaine Moussa D. Camara qui préside aux destinées de la Guinée depuis ce matin du 23 décembre 2008 a implicitement admis qu’il sera candidat et n’a pas manqué de pointer le doigt sur la Mauritanie en soulignant qu’on ne devrait pas lui refuser ce qu’on a accepté de son collègue mauritanien. Et le capitaine a toutes les chances de gagner les futures élections présidentielles (fixées pour janvier 2010) car tout penche en sa faveur actuellement :

- Il a dors et déjà ouvert inofficiellement la campagne électorale alors que cette activité est toujours interdite aux partis politiques.

- Il est la vedette principale sur les médias publics alors que ses adversaires politiques n’y ont pas accès.

- Il a toutes les ressources financières de l’État à sa disposition et ne manque pas de s’en servir massivement (malgré une situation budgétaire tendue) pour s’acheter une clientèle politique sous forme de mouvements de soutien créés de toutes pièces et animés par de jeunes désœuvrés à la recherche du sou. Ces mouvements ont déjà commencé à sillonner la capitale pour prêcher la bonne parole.

- Last but not least, le capitaine ressort l’épouvantail des audits pour disqualifier ceux des leaders politiques en qui il voit des rivaux potentiels dans la course au pouvoir. Les anciens premiers ministres de Conté, engagés aujourd’hui dans l’opposition, Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG et Sidya Touré, président de l’UFR, sont particulièrement visés.

Parallèlement, le Capitaine Moussa D. Camara a nettoyé l’Armée dans une série de purges de tous les éléments qu’il estime dangereux pour son pouvoir. Donc la 3ème dictature de l’histoire guinéenne se met progressivement en place.

L’hypocrisie et l’immobilisme de l’UA risquent de créer des émules sur le continent. Déjà l’organisation continentale a brillé par son incapacité notoire à empêcher les tripatouillages constitutionnels qui ont servi à beaucoup d’autocrates africains à pérenniser leur pouvoir. Le Niger de Tandja en est le dernier exemple.

Cependant l’opposition guinéenne et la société civile (regroupées sous le nom aujourd’hui pompeux de « Forces Vives ») doivent aussi se poser des questions sur leur responsabilité dans l’impasse actuelle : d’abord elles se sont laissé piéger en acceptant le cadeau empoisonné du Comité ad hoc qui a statué que des élections ne sont pas possibles cette année, donnant ainsi au capitaine la possibilité de présenter sa candidature puisqu’il avait exclu cette dernière pour 2009 ; ensuite, depuis l’avènement du CNDD, les Forces Vives ont opté pour la tactique « éviter par tous les moyens le conflit ou l’affrontement avec les nouveaux dirigeants ». Une dirigeante syndicale jadis acclamée poussera la servilité jusqu’à qualifier le président illégal de « Père de la Nation ». Quand le capitaine accuse, insulte, ment, humilie, emprisonne, les Forces Vives se murent dans leur silence. Cette politique de l’autruche n’est pas payante car elle encourage l’apprenti-dictateur à aller plus loin. Les magistrats ont prouvé lors de leur grève contre les structures judiciaires parallèles instaurées par le CNDD que le Capitaine Moussa D. Camara sait reculer face à la résistance. Si l’opposition ne se décide pas à croiser le fer avec le CNDD pour que les militaires retournent définitivement dans leurs casernes, une nouvelle crise aux conséquences incalculables menace la Guinée.

Violations des Droits de l’Homme en Guinée

Déjà traduit en : Français
11 08 2009
Pays :
GUINEA
Catégories :
armee, droits de lhomme, guinee

Dans son dernier rapport sur la Guinée, l’organisation Amnesty International déplore les nombreuses arrestations extra-judiciaires de militaires (voir le rapport (en anglais, français et espagnol) sous ce lien : http://www.amnesty.org/en/region/guinea

Déjà, il y a deux mois environ, Human Rights Watch faisait le même constat. Les militaires en question sont réputés proches du régime du président défunt, le Général Lansana Conté, mort en décembre 2008, après 24 ans de règne. Une junte militaire sous la direction du Capitaine Moussa Dadis Camara s’était emparé du pouvoir aprés la disparition du vieux président. Une autre vague d’arrestations avait eu lieu en avril dernier, après une prétendue tentative de coup d’État contre le régime actuel.

Mais les arrestations extrajudiciaires ne concernent pas seulement les militaires. Un grand nombre de civils en sont aussi victimes. En fait, le Capitaine Dadis, lle président autoproclamé, cumule tous les pouvoirs : législatif, judiciaire et excécutif. Il peut arrêter et libérer qui il veut et n’a de compte à rendre à personne. Ce qui est commun à toutes ces arrestations, elles ne sont pratiquement jamais suivies d’inculpation, à plus forte raison de procès en bonne et dûe forme. Même les présumés coupables du narco-trafic (le pays était devenu sous le régime du Général Lansana Conté une plaque tournante du narco-trafic international) attendent toujours leur procès.

À part cela, de graves violations des Droits de l’Homme sont régulièrement commises par des militaires (ou parfois des malfrats en uniforme, la distinction n’est pas toujours facile) sur de simples citoyens et restent en règle générale impunies. Une des dernières victimes était même un diplomate : l’ambassadeur du Ghana. La classe politique, qui espère se débarrasser de l’encombrant capitaine après des élections programmées pour la fin de cette année, garde le silence, pour ne pas l’offusquer et le pousser à revenir sur sa décision de ne pas présenter sa candidature.